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Prêtres et Ministres-officiants

Par Michael Bernet, New York

Traduit par Pierre Kogan, adapté par Micheline Gutmann

Cohanim et lévites

Les prêtres du Temple de Jérusalem, entre 950 et 70 avant notre ère, étaient appelés cohanim (pluriel de cohen). Ils étaient les descendants d'Aaron, frère de Moïse, membres de la tribu des Levi. Les cohanim étaient des prêtres, chargés des sacrifices et des sacrements du Temple. Les cohanim ne chantaient pas dans le Temple, c'était le rôle des lévites. Les cohanim n'enseignaient pas (sauf pour entraîner d'autres cohanim aux rites sacerdotaux). L'enseignement était aussi du domaine des lévites dont certains assistaient les cohanim dans les devoirs rituels moins importants que des sacrifices.

cohanim n'ont pas de rôle sacramentel depuis l'an 70 (destruction du temple de Jerusalem). A part un devoir de respect envers leur ascendance, on leur concède quelques honneurs particuliers de peu d'importance. Deux interdictions importantes pour eux : ils ne doivent entrer ni dans un cimetière ni dans la maison d'un mort (y compris l'hôpital) et ne doivent se marier ni avec une convertie ni avec une divorcée. Ceci peut expliquer que peu de rabbins sont aujourd'hui également des cohanim. La transmission héréditaire du titre de cohen se fait exclusivement de père en fils. Elle ne peut se faire par les filles, les femmes ou les veuves. Une étude récente d'ADN conclut que cette descendance est restée relativement pure ces 3000 dernières années.

Lévite et officiant laïque, je suis enseignant et psychothérapeute. Je me suis souvent posé la question de savoir s'il y avait un facteur génétique pour les lévites. Le titre de lévite passe seulement du père au fils, femme et fille en étant exclues. Les chaînons d'ADN sont beaucoup plus lâches. Cela peut s'expliquer par le recrutement, au temps du Second Temple, d'élèves parmi des non-lévites par suite du manque de lévites restés en Babylonie.

La plupart des Cohen, Cohn, Kahn, sont des cohanim. Il en est de même pour les familles nommées Katz, Kaplan, Kagan, Rappaport. Certains de ces noms sont parfois suivis d'un suffixe comme dans Katzenfeld, Kaganovitch. Porter l'un de ces noms ne constitue nullement la preuve absolue d'être un cohen et il y a beaucoup d'autres noms de cohanim. La lettre H n'existe pas en russe, elle est remplacée par un G. Ainsi les noms Kahn, Cohen etc. deviennent Kagan en russe. Par hasard, kagan est un mot russe qui signifie prêtre.

Sur la tombe d'un ancêtre du nom de Cohen sont gravées deux mains aux pouces se touchant, une indication que l'occupation du décédé était synagogale. Dans de vieux écrits hébraïques, le nom était toujours suivi par Ha Cohen, le prêtre.

Tombe d'un Cohen
Tombe d'un Lévite

Les Lévites peuvent s'appeler Lévi, Lévit, Levinson, Lewinsky, Levinstein,... ainsi que Segal, Loeven, Levinstein. Mais ces noms sont aussi bien dériver de Lévi, de Loew ou de Loeb que de Judah en Hébreu. Sur les tombes des lévites sont gravées une cruche d'eau, représentant leur unique rôle symbolique du lavage des mains des cohanim, avant que ceux-ci ne commencent à lire les bénédictions. Dans les documents, leur nom hébraïque est toujours suivi par Ha-Levi, le lévite.

Attention, Lévi est aussi un prénom, le nom de l'un des fils de Jacob. Pour éviter toute erreur, je ne pense pas qu'un lévite veuille prénommer son fils Levi. On peut parier tranquillement que celui qui porte le prénom de Lévi, n'est pas un lévite.

Dans beaucoup de contrées ashkénazes européennes, au 18e siècle et auparavant, les Juifs n'avaient généralement pas de nom de famille : un homme ajoutait le nom de son père au sien propre, ainsi Joseph Jacob, pouvait être le nom de Joseph, fils de Jacob ; il pouvait fort bien nommer son fils Jacob Joseph en l'honneur du grand-père. Un homme appelé Lévi, ayant un fils Simon, l'aurait appelé, au cours des siècles passés, Simon Lévi. Cela pour éviter une confusion entre le nom du père, Lévi, et le nom tribal Lévi. Par contre, Ha Levi est, dans la plupart des cas, une garantie de lignage lévitique. Le nom des jeans Levi-Strauss, de Buttenbach, un voisin et lointain parent, n'est pas un nom de Levite mais un prénom.

Les rabbins et les enseignants

Les rabbis, lors des deux derniers siècles, n'étaient pas des prêtres mais des enseignants ; ce terme vient de l'hébreu «Rabb-i», mon maître (dans le sens de vénéré maître). Les rabbis n'avaient aucune obligation sacramentelle : dans le judaïsme, tous les offices, mariages, circoncisions, dénomination des nouveau-nés, bar/bath mitsva, enterrements, pouvaient être célébrés par un laïc averti, sans la présence ou la permission d'un rabbin.


Elie Antebi,né à Damas en 1878.Rabbin à Paris au début du 20e siècle

Dans la communauté séfarade, les rabbins sont des hahamim, des sages. Parmi les hassidim, le grand rabbin de chaque obédience est connu comme «admor», achronyme pour «notre Maître, notre enseignant».

Les chantres sont de simples dirigeants, capables de lire la Thora et de diriger les offices. Il n'y avait pas d'ordination pour ces ministres officiants jusque vers la fin du 19e siècle. La plupart des communautés actuelles n'ont pas de ministres officiants à temps plein et beaucoup de prières sont conduites par un membre de la communauté. Un chantre diplômé ou un membre plus expérimenté n'est convoqué que lors d'un mariage ou de grandes fêtes.

Durant ces deux derniers siècles, les grands maîtres et dirigeants spirituels étaient pour la plupart des rabbins. Pendant de nombreuses années, ils étudiaient des textes hébreux, les commentaires et les lois religieuses se rapportant à chaque aspect de la vie, à la lumière de 22 siècles d'exégèse. Traditionnellement, lorsque leurs études avaient atteint le niveau supérieur, ils se mettaient à la recherche d'un rabbin réputé, qui examinât soigneusement leurs compétences avant de leur accorder la Semichah (ordination). Il était de tradition pendant de nombreux siècles que les rabbins, même de rang élevé, aient un travail régulier, des sources de revenus, de Jochanan, le cordonnier, à Rachi, le viticulteur et Rambam, le médecin.

Certains rabbins étaient peut-être riches grâce à leur profession ou peut-être grâce au tribut versé par leurs ouailles. D'autres choisissaient de rester très pauvres. Dans les deux cas, un élève rabbin avait une importante position sociale et les riches dirigeants arrangeaient souvent des mariages pour avoir soit un gendre soit une bru d'extraction rabbinique. Les études rabbiniques n'étaient pas faites pour les pauvres et illettrés de village, de telle sorte que les rabbins se mirent à donner un enseignement à leurs fils et les encouragèrent à devenir rabbins à leur tour, ce qui nous donne des dynasties rabbiniques, croisées et en ligne.

Un type mineur se développa, pour les instituteurs de village, où les uns étaient invariablement embauchés par d'autres plus érudits, aptes également aux fonctions de chantre et de cho'het (sacrificateur). Les maîtres, aussi, étaient souvent les descendants de nombreuses générations d'enseignants.

Il n'est pas aisé de tracer la lignée d'un enseignant, à moins que les archives ne soient précises. Il n'y a pas de gravure caractéristique sur les pierres tombales, bien que le fait d'avoir été un enseignant puisse être mentionné sur la pierre. Le nom commun de l'instituteur est Melamed ou Lamdan ; Malamud serait associé à l'enseignant hébraïsant de même que Lehrer, nom allemand ou yiddish pour instituteur. On dit également Moreh en hébreu pour un maître, mais c'est généralement réservé à une autorité enseignante plus évoluée que le pauvre instituteur de village. Sur la tombe d'un rabbin peut se trouver une rangée de décorations, qui ne sont pas obligatoirement spécifiques.

La beauté des authentiques lignées rabbiniques, c'est qu'une une fois raccroché, vous vous trouvez un maillon d'une liste bien documentée d'ancêtres remontant souvent à plus de mille ans en arrière.

Soyez attentifs au titre de «reb» ou même de «rabbin» en hébreu sur une pierre tombale ou sur un document : ces mots sont utilisés à titre de courtoisie, de préférence à «Mr». Un authentique rabbin serait inscrit dans les documents ou sur sa tombe avec le titre de He Rav (le rabbin) ou plutôt Moreynu He Rav ou He Rav Ha Ga'on, suivi d'autres titres honorifiques. Il y a des acronymes variables pour ces titres, mais il serait fastidieux de les citer. Il existe des publications qui énumèrent et traduisent les abréviations des pierres tombales et des documents ou bien vous pouvez demander à une personne compétente de vous déchiffrer ces codes.

Conclusion

Rappelez-vous: les cohanim étaient seulement des prêtres et non des enseignants ou des chantres; en aucune manière ils ne peuvent être considérés comme les ancêtres des rabbins et des chantres d'aujourd'hui.

Le livre courant et classique des noms juifs, de leur signification et de leur usage, est l'ouvrage du Rabbin Benzion Kaganoff. Il répond à beaucoup de questions posées par les nouveaux généalogistes ou même par les plus versés d'entre nous. Je vous conseille de bien le lire, de le consulter, si vous voulez savoir le comment et le pourquoi des noms juifs. Le livre de Kaganoff est constamment placé à portée de ma main.

Publié avec l'aimable autorisation de Michael Bernet