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Origine des noms

Origine du nom BASCH

Par Micheline Gutmann - Extrait de GenAmi n° 29

Sur GERSIG, forum de généalogie juive de Jewishgen consacré à l’Allemagne, j’ai participé à une discussion sur l’origine du nom Basch. Chacun donnait sa version qu’il croyait être exclusive. Encore une fois, il a fallu constater, comme je l’avais déjà fait précédemment (Voir GenAmi n° 12), que l’origine d’un nom peut être très diverse.
Notre ami Lars Menk de Berlin a signalé, dans sa base des noms des Juifs allemands, qui va bientôt être publiée par Avotaynu, qu’il y avait diverses origines possible, la plupart étant constituées par un acronyme « BaSh » pour Bierschenk (débit de bière) ou Bundschuh ou pour ben Shmu'el / Shlomoh. Cela pourrait être aussi dérivé du prénom féminin « Basha » qui a donné Baschwitz.
A Fürth, une explication semble meilleure que les autres : le nom Basch (ancêtres de Philippe Gutmann) est associé à Weinschenk (débit de vin, pour services religieux, bien sûr). Le premier connu est Lammlein Basch-Weinschenk, mort en 1723. Dans ce cas, on penche davantage sur l’hypothèse du débit de bière. Plus tard, il y eut les différentes variantes parmi les descendants : Bass, Busch, Bachfeger, Badinger, Baschinger, Beerstrauch, Beispringer, Bernstein, Billmann, Birnstiel, certains s’éloignant donc assez vite du nom d’origine. On le sait, à cette époque, les noms héréditaires étaient rarement fixés.
Certains vont probablement un peu trop vite quand ils assimilent ce nom avec Bass qui provient de l’allemand : « contrabass » (contrebasse) ou chanteur avec une voix de basse. Ou encore avec l’acronym « BaS » issu de « ba'al segan », mot hébreu signifiant « administrateur de la synagogue ». D’autres encore pensent à Bach, qui serait un acronym de « ben kohanim ». Un autre encore a relevé une assimilation de Boas (habituellement lié au prénom hébreu Booz) avec Basch, je pense que ce cas est accidentel.
Une fois de plus, on doit constater le manque de logique chez les onomasticiens.
Dans un cas tel que celui-ci, il faut donc adopter la version la plus compatible avec ce que l’on sait de l’histoire de la famille qu’on étudie. Celui qui est partisan de la version chanteur en a peut-être eu dans sa famille, alors il aurait raison ; mais si c’est simplement par ce que cela lui plaît davantage, argument qui m’a réellement été donné, éliminons son explication !

Le nom MARCUS

Par Micheline Gutmann

Il y a une dizaine d’année, j’avais effectué une étude sur mon nom de jeune fille, Marcus, un patronyme vraiment très répandu d’un bout à l’autre de l’Europe puis bien sûr en Amérique et en Israël. Comme le dit Alexandre Beider dans ses dictionnaires sur l’origine des noms en Europe de l’Est, ce nom est la plupart du temps le kinnui (équivalent profane dans la langue du pays), du prénom hébreu Mordekhai, c’est le cas pour notre famille. Il y a des variantes telles que Marcu en Roumanie, Markus en Allemagne, certains avec un suffixe, comme Marx, Markhof, Markwitz, Markowitz (fils de Mordekhai). Aux Pays-Bas, Marcus était plus souvent pris pour prénom que pour nom.
Mais encore, d’où vient le prénom Marcus ? Bien sûr, du latin (voir Marcus Vinicius, héros de Quo Vadis ou encore Cicéron en réalité Marcus Tullius Cicero), lui même provenant de Mars, dieu de la guerre.
D’après la fiche distribuée à Beth Hatefusoth, le Musée de la Diaspora à Tel Aviv, on trouve ce (pré)nom au 13e siècle à Paris, au 16e au Maroc, au 17e avec Margolis à Prague. Mais nous conseillons de tout vérifier car il y a aussi une erreur quand il est dit que le mot marquis possède la même origine. Non, le marquis était le surveillant des marches, frontières des anciennes provinces féodales. Par ailleurs, l’utilisation de rencontré Marcus comme équivalent de Moses ou Menahem est rare.
Afin de compléter cette étude, j’ai téléphoné à de nombreux Marcus trouvés dans l’annuaire téléphonique aussi bien à Paris que dans les régions. Si la plupart correspondaient à des Marcus venus de Roumanie et quelques uns de Pologne, d’autres étaient de pure souche catholique et lorraine au moins jusqu’au 17e siècle. La destruction des registres et des cimetières au cours des guerres, en particulier la guerre de trente ans et la guerre de 1914-1918, les a empêchés de remonter plus haut.

Prénoms juifs d’animaux

Par Michael Bernet, New York, traduit par Denis Lévy

A la suite de la question posée par un membre de Jewishgen, notre ami, Michael Bernet a fait une réponse qu’il nous a autorisé à reproduire.

Question

« J’avais l’impression que Hirsch signifiait « cerf », ce qui serait une traduction de Tzvi, le nom qui va souvent avec Naftali (comme Naftali Tzvi Imber, qui écrivit la Hatikva, l’hymne du mouvement sioniste puis maintenant de l'Etat d'Israël). Je crois que cette juxtaposition de noms est due à la description biblique de Naftali (une des douze tribus) qui aurait été rapide comme un cerf. »

Réponse

Plus qu’une impression, c’est tout à fait juste ! Du début à la fin. Mais le développement des noms juifs d’animaux tirés de la bénédiction de Jacob (Genèse 49, 1-27) est plus compliqué que cela et peut être utile dans nos recherches généalogiques.
Les Ashkénazes ne portaient pas de noms d’animaux jusqu’aux 13e ou 14e siècle.
(Les Séfarades en portent rarement et se moquent des Ashkénazes avec leurs ours et leurs loups).
Beider mentionne la première utilisation enregistrée de Naftali dans le Brandebourg en 1308, et de Hirsch (Cerf en allemand, à qui le père de Naftali le compare) à Nuremberg en 1388. Cet exemple est typique de la formation des kinnui d’animaux en Allemagne.
Les kinnui d’animaux devinrent par la suite si enracinés qu’ils furent souvent associés (Naftali-Hirsch) comme un « nom sacré » utilisé dans le rite juif, à la circoncision ou en désignant quelqu’un pour la lecture de la Torah. Ils étaient également très utilisés dans les kettubot ou les gettin (divorces), mais plus rarement sur les pierres tombales.
L’utilisation de la véritable appellation en hébreu du nom de l’animal s’est faite après-coup. En Allemagne, ce retour à l’hébreu date d’environ 1800. D’après Beider, ce phénomène apparut presque un siècle plus tard en Europe orientale.
Bizarrement, le surnom donné par Jacob à son fils Naftali n’était pas Tzvi, mais « Ayalah Shulucha » (bien traduit par « une biche en liberté » dans le KJV). En fait, Ayalah (biche) est le féminin de Ayal, qui signifie cerf.
Tzvi est un retour à l’hébreu pour Naftali-Hirsch, mais complètement faux. On ne trouve aucune mention de Tzvi chez Jacob. En fait, la première apparition de Tzvi dans la Torah se trouve dans le Deutéronome, au 5e livre de Moïse, ch. 12-15, dans le cadre des animaux dont la viande peut être kasher. Le mot est cité trois ou quatre fois dans ce chapitre et les suivants, à chaque fois dans ce contexte.
Le choix est doublement étrange, car la signification de Ayal(ah) est celle d’un nom que chacun porterait avec fierté : « puissance, pouvoir, force, virilité, valeur ». Je me demande si le retour à l’hébreu sous la forme Tzvi plutôt que Ayal n’a pas été inspirée, non pas par des rabbins, mais par des laïcs relativement ignorants, inconscients du lien du nom avec la bénédiction de Jacob, ou encore perturbés par l’usage du féminin dans cette bénédiction (le féminin Ayalah est assez courant en Israël aujourd’hui, mais la forme masculine d’origine est assez rare).
Le retour à l’hébreu de noms d’animaux comme Loeb, Baer, Wolf et Hirsch vers Aryeh, Dov, Ze’ev et Zvi eut lieu en Allemagne vers 1800 et en Europe orientale beaucoup plus tard.
La transformation du nom dérivé d’une tribu dans la bénédiction de Jacob en un nom d’animal en allemand puis ensuite en hébreu est néanmoins un guide utile en généalogie, et constitue une aide pour certaines dates, lieux et pour la recherche d’ancêtres (par exemple, si vous avez un Hirsch né en 1730, ne cherchez pas Tzvi, mais Naftali sur la tombe, et ne vous attendez jamais au grand jamais à trouver un Ayal, sauf peut-être l’espèce à quatre pattes broutant l’herbe paisiblement).

Voici les quatre noms masculins d’animaux utilisés par les Ashkénazes et leur transformation :

Yehuda (Juda)Loeb, LeibAryeh
Binyamin (Benjamin)WolfZe’ev
IssacharBaerDov

Je laisse le dernier nom pour la fin, parce que la traduction de Issachar en Dov est complètement fausse, mais s’est néanmoins maintenue pour des raisons pragmatiques.
Son histoire mériterait une explication particulière.