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Le retour en Espagne des Juifs de Bayonne

par Jean-Pierre Léon - (Extrait de GenAmi n° 27, mars 2004)

L’intérêt de la communication de Jean-Pierre Léon dépasse la cadre historique car elle tient de la chronique familiale ou des « souvenirs pieux », avec leur fraîcheur et leur vie. Mais l’histoire des communautés portugaises n’est-elle pas largement une affaire familiale ? L’on retiendra le lien viscéralement entretenu entre ces familles et leur berceau séculaire, et l’opposition non moins viscérale à ce retour, jusqu’en 1893, de l’Église catholique. Sur le thème de « retour » on se réfèrera avec intérêt aux études de Isidro González García, dans « El ritornor de los Judios, Madrid 199 »). Pour le retour au Portugal, voir « Judeus em Portugal sous la direction de Jose Freire Antunes, ed Edeline, 2002, Versailles ». Pour le retour à Gibraltar, voir Messod Benady » The settlement of Jews in Gibraltar, 1704-1783 », in « The Jewish Historical Society of England », « Transaction Sessions, 1974-1978, vol.XXVI Miscellanea, Part XI, 1979. »
(Lionel Lévy)

De Bayonne à Saint-Sébastien

Nul n’ignore les circonstances de l’implantation des communautés juives portugaises du Sud-Ouest. On sait peu que certaines familles, trois ou quatre siècles plus tard, firent un retour en Espagne. Rappelons les faits qui, avant 1893, rendirent possible ce retour, et, avant tout, résumons ce qu’en disait Henry Léon en son « Histoire des Juifs de Bayonne » (chapitre XXXIII).
Dans les premières décennies du XIX° siècle, le Pays basque espagnol — et pratiquement tout le nord du pays, vivait d’agriculture et de pêche. Le commerce et l’industrialisation balbutiante incitèrent beaucoup d’entrepreneurs français à chercher fortune au pays voisin. Ils s’établirent en particulier à Saint-Sébastien, qui, incendiée en 1813, était alors en pleine reconstruction et développement.
En 1970, don Manuel Celaya Cendoya, né en 1880, publiait, sous les auspices de la Caisse d’Épargne de Saint-Sébastien, qui fêtait alors les 90 ans de sa fondation, son ouvrage « Fragments de l’autobiographie d’un nonagénaire dédiée à une nonagénaire ». Après avoir rappelé le nom de tous ces pionniers (Lafont, Ducasse, Capdevielle, Gros, Deslandes, Marmiesse, Garnier, Stinus, Hayet, Léon, Miremont, Morlans, Belloc, Lamaison, Joffre, Lataillade, Delaunet, Comet, Girod, Pozzy, Almeyda, Leremboure, Labourdette, et tant d’autres) il écrivait :

...Beaucoup d’entre eux, implantèrent dans notre cité industries et commerces, certains nous apportant ce qui pour nous étaient des nouveautés. Ducasse fut le premier et le meilleur de nos jardiniers, Comet nous fit connaître la bicyclette, Pozzy nous apporta la bière, Dupuy et Estrade furent hôteliers,…….
...Pendant de nombreuses années, notre cité a été plus française qu’espagnole, plus gasconne que basque. Ces gens ont fait de Saint-Sébastien, la première des cités du Guipúzcoa, grâce, entre autres, à leurs activités maritimes et marchandes, et alors que la langue basque ne put jamais s’impose comme langage officiel écrit, tant à Saint-Sébastien qu’en Guipúzcoa, c’est en gascon qu’étaient rédigés certains documents communaux.
Au fil du temps et avec l’évolution de la population, la prépondérance gasconne s’affaiblit, le basque et l’espagnol s’imposèrent face au gascon et au français.

Les archives espagnoles du R.M.G. (L.Soc.5-folio 45) attestent qu’en Octobre 1880 la maison de commerce "Isaac LÉON fils aîné et frère" ayant siège à Bayonne ouvrait une succursale à Saint-Sébastien Elle avait pignon sur rue, l calle Mayor.

Une longue lutte pour le retour

Ce n’est que le 22 mars 1797, trois siècles après l’expulsion, que don Pedro Varela, ministre du commerce, adressait au roi Don Carlos IV un mémoire où, après avoir exposé les conséquences de celle-ci et démontré les avantages qu’il y aurait pour le royaume d’accueillir à nouveau les Juifs, il lui proposait de rapporter l’édit de 1492. Il ne fut pas entendu, et le roi par une ordonnance du 22 juillet 1800, maintint et renouvela dans toute leur rigueur les prescriptions de l’édit de 1492.

Le Docteur Philippson

En 1854, le Dr. Philippson, rabbin à Magdebourg et rédacteur de l’Allgemeine Zeitung des Judenthuns, eut la pensée généreuse de faire une nouvelle tentative en faveur de la rentrée des Juifs en Espagne. Isabelle II était montée sur le trône, et la consolidation de son règne par la fin de la guerre carliste et l’affaiblissement de ce parti, avait permis de donner au gouvernement une direction progressiste. C’était donc le moment favorable pour une nouvelle tentative. Le Dr. Philippson présenta un mémoire à la Reine et aux Cortés, sollicitant la révocation des décrets qui avaient expulsé les Juifs de ce pays.
Le Dr. Philippson, réclama l’aide du consistoire de Bayonne, supposant que, à proximité de l’Espagne, les Juifs de sa circonscription ayant conservé des rapports d’affaires avec toutes les contrées de l’Espagne et leur ville accueillant tous les réfugiés qui en arrivaient, chassés ou proscrits, cet organisme était plus à même de recommander un examen attentif de la question.
Le consistoire, tout en approuvant l’idée, ne se dissimula pas les difficultés qu’elle présentait et pensa qu’il ne pouvait agir seul. Le 8 septembre 1854, dans une lettre au Dr. Philippson, il préconisait que les grands corps représentant les intérêts juifs en France, en Allemagne et en Angleterre, fassent appel aux Cortés. Philippson prendrait en compte l’action à engager en Allemagne, et le consistoire s’engageait de son coté à solliciter l’engagement du Consistoire central de Paris. Il demanderait à Sir Moses Montefiore de diriger la part dévolue à l’administration anglaise.
Deux jours plus tard, les lettres partaient pour Paris et Londres. Il fallait se presser. Les Cortés espagnoles allaient bientôt se réunir et délibérer sur les grands principes constitutifs des nations civilisées, parmi lesquels principes se plaçait au premier rang la liberté de conscience et des cultes.
Le Dr. Philippson adressa deux suppliques, l’une au maréchal Espartero président du conseil des ministres, l’autre au Président de la future assemblée des Cortés, accompagnées d’un mémoire demandant l’abrogation des édits passés et la garantie de la liberté des cultes. Des exemplaires de ce mémoire étaient aussi envoyés aux membres des Cortés et aux directeurs de la presse espagnole. Le Clamor Publico publia in extenso le mémoire en le faisant précéder d’un article des plus sages.
Voir Généalogie Philippson, GenAmi n° 27.

La loi de 1857

Le 28 février 1855, les Cortés votèrent l’article II de la Constitution qui, tout en reconnaissant une place privilégiée au culte et à la religion catholiques, stipulait qu’aucun espagnol ou étranger ne pourrait être inquiété pour ses opinions religieuses aussi longtemps qu’elles ne se manifesteraient pas par des actes publics contraires à la religion de l’État. C’était accorder la liberté de conscience mais pas celle des cultes.
Toutefois on pouvait considérer depuis longtemps que les lois moyenâgeuses édictées contre les Juifs étaient tombées en désuétude. S’ils n’avaient pas encore été tolérés dans leur religion, ils avaient été acceptés, accueillis même, malgré leur religion et, voyageant librement dans toute l’Espagne, ils avaient pu même s’y établir.

Liens affectifs et commerciaux

C’est ainsi que des relations nombreuses s’étaient établies entre les commerçants juifs de Bayonne et les Espagnols de toutes les provinces. Bayonne avait été un moment le seul entrepôt où l’Espagne venait s’approvisionner pour toutes les denrées coloniales. Comme les Juifs détenaient ce grand commerce, c’est avec eux qu’ils avaient noué leurs relations qui, parfois, ne se bornaient pas à des rapports d’affaires, mais étaient devenues des liens de sincère et franche amitié. Les maisons A. Léon aîné et frère, I. Léon fils aîné, Frois frères, Silva frères, les fils de Josué Léon, Rodrigues et Salzedo, Furtado jeune, Dacosta et Rodrigues, Alvarés Pereyre et frère, Haïm Léon, Delvaille et Attias, avaient vu grandir leur clientèle grâce à la confiance qu’elles inspiraient par leur façon d’agir et leur manière de travailler.
Pendant la guerre carliste, des familles entières se réfugièrent à Bayonne, et ce furent surtout les Juifs qui les accueillirent, leur offrant leur toit, leur foyer, leurs salons, leurs maisons de campagne. Les maisons qui, en périodes d’émigration, ouvrirent le plus largement leurs portes aux Espagnols, furent celles de Isaac Léon fils aîné et Abraham Léon aîné et frère, dans leurs campagnes de Huire et Ste-Croix.
Huire, durant la vie de Isaac Léon, qui y résidait comme un patriarche, ouvrait certains jours ses grilles hospitalières et installait sa plus grande table, où l’on ne parlait qu’espagnol. L’infant Don François d’Assisse y fut, avec sa famille, l’objet d’une réception simple mais cordiale.
Ste-Croix, qu’habitait Salomon Émile Léon, fut le rendez-vous de tout ce qui avait de célèbre en Espagne. Le perron du château, sur lequel les puissants du jour rencontraient les exilés de la veille comme en terrain neutre, était parfois une tribune politique où les ministres passés et présents discutaient des destinées de la pauvre Espagne. Le maréchal Prim, l’archevêque de Ségovie, M. Gonzales Bravo figuraient parmi les intimes de Ste-Croix. Et ce dernier, revenu à Madrid et ayant repris la présidence du Conseil des ministres, se souvint que, réfugié à Bayonne, il y avait trouvé une maison et une famille qui avait été le foyer de tous les exilés. Il envoya à M. Émile Léon la Croix de commandeur d’Isabelle la Catholique, en l’accompagnant d’une lettre personnelle plus précieuse encore que la dignité conférée.
Lorsque, en 1840, les frontières, qui jusque là n’avaient pas eu de barrières, virent s’installer une double ligne de douane avec des droits prohibitifs, ce fut une révolution pour le commerce de Bayonne. La perturbation fut grande un moment, et la contrebande s’établit sur une grande échelle. Tout cela était bon pour des débuts, mais l’avenir se trouvait compromis. C’est alors que les maisons A. Léon aîné et frère, I. Léon fils aîné, Delvaille et Attias, puis David Delvaille et Cie installèrent à Saint-Sébastien une succursale de leurs maisons.
Entre 1843 et 1853, ce fut le tour de Frois frères et Silva frères à Villabona, Rodrigues et Salzedo à Tolosa, Jules et Isidore Gommes à Madrid, Achille Delvaille à Saint Sébastien, maison Rothschild à Madrid, Édouard Pereyre à Tolosa suivis plus tard de D.Pinède et Cie, Benoît, Salzedo et Cie, Alphonse Benoît et frère, Isaac Salzedo et fils.

Liberté religieuse, loi de 1869

Pendant les premières années, où encore aucune loi de tolérance n’avait été édictée, quoique aucun n’eût caché sa religion, personne ne fut ni inquiété, ni insulté dans sa liberté de conscience. Il y eut des naissances à Madrid, et les circoncisions se firent en famille ; il y eut des décès, et les morts, mis en bière, purent être ramenés pour être enterrés dans le cimetière de leur communauté.
Telle était la position des Juifs modernes en Espagne, lorsque le Dr. Philippson et le consistoire de Bayonne entreprirent de demander officiellement la liberté des cultes.
Aux mois de mars et avril, après le vote de l’article II de la Constitution, le ministre de la reine d’Angleterre à Madrid échangea diverses notes avec le Gouvernement espagnol au sujet de la célébration d’offices protestants dans un domicile privé. Ils obtinrent la permission de le faire, et en 1855 ils furent autorisés à acquérir des cimetières. En 1865 le Consistoire central s’adressa directement au Gouvernement espagnol et lui demanda l’autorisation pour les Israélites français demeurant à Madrid, d’avoir un lieu de sépulture. Le 16 octobr, il leur fut notifié qu’ils pouvaient bénéficier de la loi du 20 avril 1855 permettant l’établissement de cimetières pour recevoir les corps de ceux qui meurent en dehors de la religion catholique.

Isabelle II renversée de son trône, un gouvernement provisoire s’installait en 1868, sous la présidence du maréchal Serrano. C’était une occasion nouvelle de reprendre la question de la liberté entière des cultes en Espagne. Les Juifs anglais avec Sir Moses Montefiore et M.H. Guedalla ; les Juifs français avec les consistoires de Bordeaux et de Bayonne, adressèrent une nouvelle pétition rédigée par Alexandre Léon au Gouvernement provisoire.
Ces démarches ne pouvaient qu’être prises en considération, car les relations entre les chefs de la révolution et les notabilités israélites de Bayonne et de Bordeaux étaient des plus intimes. Le 1er décembre 1868, le maréchal Serrano répondait aux consistoires de Bordeaux et Bayonne :

...je dois vous manifester que notre glorieuse révolution ayant proclamé, avec les autres conquêtes des droits de l’homme, la liberté religieuse, l’édit du XV° siècle est abrogé de fait.
Par conséquent, vous êtes libres d’entrer dans notre pays et d’y exercer librement votre culte, ainsi que les partisans de toutes les religions.

Le 12 avril 1869, à la séance des Cortés, Emilio Castelar parlait avec chaleur des principes de complète liberté religieuse. Et en mai 1869, la Constitution votée portait l’article 21, ainsi conçu :

La nation s’oblige à entretenir le culte et les ministres de la religion catholique. L’exercice public ou privé de tout autre culte est garanti à tous les étrangers résidant en Espagne, sans autre limitation que les règles universelles de la morale et du droit. Toutes les dispositions du paragraphe précédent s’appliquent également aux Espagnols qui professeraient une autre religion que la catholique.

C‘était pour le moment tout ce que l’on pouvait demander. Les protestants en profitèrent pour ouvrir des temples à Madrid, à Séville, à Barcelone. Il eût été aussi facile d’élever des synagogues, mais pour cela il n’y avait pas assez de Juifs. La colonie qui s’était fondée marquait par les situations qu’elle occupait, mais le nombre manquait et, avec le nombre, cette foi dans les pratiques journalières que les idées modernes refroidissaient à mesure de la marche du temps.
L’important était que la question de la liberté des cultes était posée en Espagne. En vain, le clergé s’était-il vigoureusement opposé au vote de l’article 21 de la Constitution. En vain, une junte carliste, réunie en 1870 pour rédiger son programme politique avait-elle, à l’unanimité, prononcé le rétablissement du catholicisme obligatoire et, à la majorité de deux voix, le rétablissement de l’Inquisition ; le fait était acquis et le Gouvernement maintint ce qu’il avait inscrit dans la Constitution. Neuf Juifs même, en 1871, furent naturalisés par le Roi.
En vain aussi, à l'avènement d'Alphonse XII, en 1876, la curie romaine fit-elle pression auprès du gouvernement pour rétablir en Espagne « l'unité religieuse », demandant de proscrire les cultes non catholiques. La lutte fut très vive dans les Cortès. L'évêque de Salamanque, au nom de tous les prélats espagnols, s'éleva avec énergie contre toute concession libérale, et la Constitution du 2 juillet 1876, modifia l'article 21 qui, devenu article 11, rétrécissait en quelque sorte les avantages précédemment accordés.

La religion catholique, apostolique, romaine, est la religion de l'État; la nation s'oblige à en entretenir le culte et les ministres.
Personne ne sera inquiété, sur le territoire espagnol, pour ses opinions religieuses, ni pour l'exercice de son culte respectif, pourvu que la morale chrétienne soit respectée.
Il n'est permis, cependant, de pratiquer publiquement d'autres cérémonies et manifestations publiques que celles de la religion de l'État.

Plusieurs fois on a pensé qu'il y aurait peut-être lieu de favoriser l'immigration des Juifs en Espagne. À l'occasion des persécutions qui éclatèrent en 1881 contre les Juifs de Russie, le roi Alphonse XII avait répondu par des paroles de sympathie aux Juifs qui projetaient d'émigrer en Espagne, en leur disant que l'Espagne leur était ouverte et qu'ils y trouveraient aide et protection, et l'expression de ces sentiments favorables avait encouragé de nouvelles espérances.

Velléités d’immigration juive

Le 30 décembre 1886 un groupe de personnalités fondait le comité "Centro Español de inmigracion israelita". Ce comité avait adopté les règles suivantes :

1° Le but de l'œuvre est d'attirer en Espagne les Juifs qui émigrent des divers pays d'Europe, et plus particulièrement les descendants des familles espagnoles qui ont été expulsées en 1492 ;
2° Pour exécuter cette entreprise nationale, le Centro se propose de faire connaître à l'opinion publique le caractère, les occupations, les tendances des Juifs, et de tenir peu à peu ces derniers au courant de l'état de notre pays;
3° Le Centro, d'accord avec les corporations juives d'Europe, recherchera quelles sont les personnes les plus aptes à cette immigration;
4° Il prêtera à l'immigration son concours moral et matériel, fera connaître aux immigrants les conditions légales de leur établissement et les aidera à obtenir la naturalisation espagnole dans les conditions prescrites par la loi.

M. Albert Salzedo, banquier, en fit aussi partie, donnant dès le début son adhésion à une œuvre aussi philanthropique; mais il reconnut bientôt combien était peu pratique une semblable idée, et il appuya son retrait de motifs dont l'avenir confirmerait le bien fondé.

Le 11 février 1887, M. Baselga, membre de ce comité et député aux Cortès demanda à M. Sagasta, président du Conseil, de vouloir bien donner sur la question des Juifs des explications telles qu'elles fussent un encouragement pour tous les Israélites qui veulent venir en Espagne, « car en ce moment elles sont très opportunes, disait-il, étant donné l'état général de l'Europe, que M. le président du Conseil connaît fort bien ».

M. Sagasta répondit par la lecture de la Constitution "………car la réponse de la loi fondamentale de l'État a toujours plus de force et plus de valeur que celle que je pourrais donner, quoique président du Conseil des ministres.
Eh bien! La Constitution avant d'en venir à l'article XI, dit à l'article II : Les étrangers peuvent s'établir librement sur le territoire espagnol et y exercer leur industrie, ou se consacrer à toutes les professions pour l'exercice desquelles les lois n'exigent pas de certificat de capacité émanant des autorités espagnoles. L'article XI, cité par M. Baselga, paragraphe 2, dit : « Personne ne peut sur le territoire espagnol, être molesté pour ses opinions religieuses ou dans l'exercice de son culte respectif, pourvu que la morale chrétienne soit respectée. »
Ces deux articles répondent au vœu de M. Baselga. Les Israélites ou toute autre secte religieuse, pourvu qu'elle se trouve dans les limites de la morale chrétienne…je veux dire la morale universelle, qui en fin de compte, est la morale chrétienne, quand ils le jugeront convenable, peuvent venir sur le territoire espagnol, ils peuvent exercer librement leur industrie; les autorités non seulement n'ont à y mettre obstacle, mais au contraire seront obligées de les protéger, sous la condition d'obéir entièrement aux lois du pays."

Mais, si les Israélites avaient le droit pour eux, y avait-il lieu de pousser à leur immigration? Respectés, protégés même comme étrangers, le seraient-ils lorsqu'ils seraient arrivés en masse et se seraient fait naturaliser? Malheureusement l'économie espagnole ne se présentait pas sous un jour assez favorable pour qu'il fût possible d'attirer, sans crainte de mécomptes nombreux, des populations qui y viendraient sans fortune, misérables même, avec des mœurs et des habitudes en complète contradiction avec celles du pays où elles viendraient demander assistance et existence.
Le Centro comprit bien vite que l'immigration, pour réussir, ne pouvait être que graduelle, et pour autant que les étrangers qui viendraient s'installer eussent la connaissance de la langue espagnole, qu’une certaine assimilation des mœurs et des usages fût possible, ce qui eût supposé des moyens suffisants pour pourvoir aux premiers besoins de leur existence et de leur installation.