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Jan Karski, Mon Nom est une Fiction

Par Catherine TOMAT

Dans le n° 52 de la revue GenAmi parue en juin 2010, je vous rendais compte du livre de Yannick Haenel intitulé Jan Karski (page 24 et suivantes).

Cet ouvrage est l’histoire de ce résistant polonais catholique qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, fut le principal émissaire de la résistance polonaise auprès de son gouvernement en exil à Londres. Il porta aux Alliés un message d’aide formulée par deux Juifs responsables de la communauté à Varsovie pour libérer le ghetto et le camp d’extermination d’Izbica Lubelska, situé entre Lublin et Belzec, où il avait pu pénétrer clandestinement. Jan Karski transmit leur message et apporta son témoignage aux Anglais et à Roosevelt, mais il ne fut pas écouté, du moins pas entendu.

Ce livre a été adapté par Arthur Nauzyciel pour le théâtre et la première représentation a eu lieu le 6 juillet, en ouverture du Festival d’Avignon devant un public attentif et bouleversé. La mise en scène a suivi scrupuleusement les trois parties qui forment le livre de Yannick Haenel.

La première partie reprend le passage de Shoah de Claude Lanzmann, où l’on découvre Jan Karski, relatée par le metteur en scène Arthur Nauzyciel. La deuxième a trait à l’histoire de Jan Karski racontée par la voix de Marthe Keller, pendant que sur un écran géant est projetée la carte du cadastre du ghetto de Varsovie. Enfin la dernière partie est la fiction que Yannick Haenel a écrite, imaginant le chagrin, le désarroi de ce grand homme devant l’échec de sa mission. Cette partie est magistralement interprétée par Laurent Poitrenaux qui tient la scène dans un monologue de plus d’une heure et demie. Le très beau texte de Yannick Haenel offre une résonnance, une force, une intensité, une émotion que ce comédien nous transmet, la salle est attentive, retient son souffle. Pour conclure, une jeune danseuse contorsionniste, Alexandra Gilbert, prend des poses qui représentent la douleur, les corps de tous ces malheureux que Jan Karski a vus dans le ghetto et dans le camp, elle est Paula son épouse juive dont la famille a été exterminée dans les camps.

Comme Yannick Haenel, Arthur Nauzyciel a voulu que l’on n’oublie pas. Il veut transmettre le message que Jan Karski a livré aux Alliés. Il veut que les jeunes générations aient connaissance du plus grand génocide organisé dans l’Europe du 20e siècle.

Arthur Nauzyciel a un lien familial avec la Pologne : sa famille a été déportée, mais un oncle est revenu et lui a raconté l’enfer où il fut plongé.

Les victimes de la Shoah disparaissent et c’est le rôle des écrivains, des metteurs en scène de théâtre de transmettre leur témoignage aux plus jeunes. Cette année à Avignon, plusieurs discussions ont eu lieu sur la place de l’histoire au théâtre, de l’art face à l’oubli, de la question humaine. Est-il un homme? de Primo Levi a également été joué dans une adaptation de Mario Dragunsky. Avignon n’a pas oublié. Avignon témoigne.

Arthur Nauzyciel est directeur du Centre Dramatique National Orléans/Loiret/Centre. La tournée du spectacle Jan Karski,
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