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Trésors de la Peste Noire : Erfurt et Colmar

Musée National du Moyen-Age – Thermes et Hôtel de Cluny

Exposition du 25 avril au 3 septembre 2007

Cette exposition est unique par le fait qu’elle présente des pièces d’orfèvrerie, des bijoux, des accessoires de costumes, d’une période, le XIVe siècle, dont nous possédons encore beaucoup de monuments d’architecture, d’objets tels que des tapisseries, de pièces d’orfèvrerie des églises catholiques, mais dont les éléments concernant la vie proprement dite des gens au Moyen-Age sont beaucoup plus rares.
Unique également par le fait que tous ces objets témoignent de la situation des communautés juives, de leur réseau économique quasi européen, à cette époque médiévale.

L’exposition est constituée de plus de deux cents pièces bien mises en valeur dans les deux premières salles du musée.

Toutes ces pièces proviennent d’un ensemble exceptionnel, de plus de six cents pièces d’orfèvrerie, de trois mille monnaies et de quatorze lingots d’argent, trouvé en 1998 lors de travaux dans le quartier juif d’Erfurt en Allemagne ; elles sont actuellement à Weimar et seront par la suite exposées dans une ancienne synagogue de Erfurt. Ces trouvailles ont été rapprochées de celles découvertes dans le quartier médiéval de Colmar, également lors de travaux, mais en 1863, qui se trouvent actuellement au Musée d’Unterlinden de Colmar. Si le trésor trouvé à Colmar a fait l’objet de vols, celui d’Erfurt semble être complet.

La datation des trésors a pu être déterminée grâce à l’étude des nombreuses monnaies trouvées sur les lieux, et à l’analyse iconographique et stylistique des pièces d’orfèvrerie, qui conduit à l’hypothèse que les pièces ont pu être enfouies au milieu du XIV ème siècle. Cette période correspond à la terrible épidémie de peste qui déferla sur l’Europe de 1347 à 1352, et emporta un tiers de sa population. Cette Peste noire déclencha de terribles massacres dont les communautés juives furent les victimes ; celles-ci furent accusées d’avoir empoisonné les puits et les fontaines. Les Juifs devinrent de véritables boucs émissaires. Il est tout à fait probable que certaines familles avant de fuir devant les hostilités ont enfoui leurs objets précieux.

Un autre indice permet d’attribuer ces objets aux communautés juives, en dehors du fait qu’ils furent trouvés dans les quartiers juifs de Erfurt et Colmar, est la découverte de bagues de mariage juives mélangées à l’orfèvrerie profane. Ces bagues étant des bijoux rituels offerts par le marié à la mariée et portées seulement pendant la cérémonie du mariage. Les exemplaires médiévaux sont ornés d’un petit édifice qui symbolise à la fois le nouveau toit du couple et le temple de Jérusalem. L’exemple le plus spectaculaire est la bague trouvée à Erfurt.

En dehors de ces bagues, signalons comme accessoires du costume civil médiéval, les fermaux en or ou argent doré, ornés ou non de pâtes de verre, ou de saphirs, de grenats, de perles et de rubis, les ceintures avec des appliques ou des passants, les chaînes et pendentifs portées au cou ou à la ceinture, dont nous retiendrons un objet absolument unique, un nécessaire de toilette composé d’une chaîne avec flacons et instruments cosmétiques, dont le diamètre extérieur du flacon n’est que de 3,7 cm.

Pour l’orfèvrerie nous remarquons un ensemble de huit gobelets qui s’emboîtent les uns dans les autres en argent partiellement doré, provenant de Erfurt, une double coupe en argent partiellement doré, portant chacune deux disques d’émail translucide représentant deux fables d’Esope, deux hanaps dont l’un provient de Erfurt, l’autre du trésor le Rouen-Gaillon, dont nous notons la similitude.

Les monnaies venant d’origines diverses, Colmar, Alsace, Lorraine, Suisse, Allemagne... ont été disposées d’une façon judicieuse dans des encoches pratiquées dans une grande carte de l’Europe ; ces encoches correspondants aux différentes villes concernées. Une vitrine permet d’en observer certaines de plus près.
Les quatorze lingots, dont plusieurs poinçons les localisent comme étant de Erfurt, sont regroupés dans une vitrine.

Une carte permet aussi d’appréhender la diffusion de la peste noire, l’emplacement des communautés importantes juives en 1250, les zones de persécution anti-juives et les principaux « Trésors de la Peste Noire » : Erfurt, Munster en Westphalie, Lingenfeld près de Spire dont il existe trois spécimens dans l’exposition, Weissenfelds, Sroda Slaska en Pologne et Colmar en France.

En lien avec l’exposition, le Musée de Cluny propose un parcours dans ses collections, sur deux sujets : La représentation des Juifs à l’époque médiévale, et l’orfèvrerie profane au Moyen-Age. Nous retiendrons dans un vitrail (salle 6) représentant probablement un épisode de la vie de Saint Nicolas (Troyes- 1170/1185) la mise en scène d’un juif figuré avec un chapeau et une barbe fournie, qui s’apprête à frapper la statue de Saint Nicolas qui n’a pas protégé sa maison ; dans un autre vitrail (1220/1230) une représentation de la synagogue. Egalement sur la Tenture de Saint Etienne (salle 20) relatant la vie du saint martyr sur sept tapisseries, plusieurs représentations de Juifs reconnaissables à leurs costumes.

Nous rappelons que ces Trésors concernent une époque dont il reste peu de représentation dans le patrimoine juif ; en effet la riche collection d’Isaac Strauss qui était autrefois au Musée Cluny et qui est à l’heure actuelle en dépôt au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, disposent de bagues de mariage de la fin du XVe au XVIIe siècle, de ceintures et de monnaies du XVIIe siècle.

Edith KIRMANN
Visite du 11 Juillet 2007

Références :

Trésors de la Peste Noire–catalogue d’exposition– Réunion des Musées Nationaux Paris 2007
Archéologia- n° 443 – avril 2007

Le catalogue peut être consulté à la bibliothèque de GenAmi.