
par Micheline Gutmann-Marcus
Participez à ce site, reconnaissez vos proches, envoyez vos informations, vos anecdotes, vos photos
Géographie
Lübeck est une ville d'Allemagne du nord, dans le Land de Schleswig-Holstein. Avec une population de 213 983 habitants, c'est la deuxième plus grande ville du Schleswig-Holstein, après Kiel, la capitale du Land. Ce port de la mer Baltique était la capitale de la Ligue hanséatique.
![]() |
| Vue aérienne de Lübeck |
Histoire brève
En étroite coopération avec Hambourg, Lübeck contrôlait la majeure partie du commerce sur la Baltique (entre Scandinavie, Novgorod et le reste de l'Europe). Lübeck entretint une importante marine de guerre, notamment pour combattre la piraterie.
Le déclin de la Ligue hanséatique diminua l'importance de la ville, qui resta cependant un centre commercial.
Prise par les Français le 6 novembre 1806, Lübeck fut formellement incorporée à l'Empire français en 1810, puis restituée par le Congrès de Vienne en 1815.
Depuis 1987, la ville fait partie de la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, notamment pour son architecture de briques rouges. L'aire protégée par l'UNESCO comprend les bâtiments les plus importants de la ville, tels que l'hôtel de ville, le Koberg (quartier du XIIIe siècle entièrement conservé) ou la porte du Holstentor.
![]() |
![]() |
| Lübeck | Holstentor |
Sont nés à Lubeck :
Les débuts du camp et de la guerre à Lübeck
Les premiers prisonniers furent des officiers français capturés lors de la bataille de France (mai-juin 1940) puis des officiers du Commonwealth, pris en Crête ou en Afrique du nord, les rejoignirent.
La nuit du 28 mars au 29 mars 1942 se produit à Lübeck le premier bombardement massif d'une grande ville allemande par la Royal Air Force (britannique). Le bilan est très lourd : 320 morts, 784 blessés, 1 425 habitations détruites, incendie de la vieille ville, destruction de la cathédrale et d'autres monuments.
![]() |
Le récit de Georges Bauman : ici
La fin du camp
Le camp est libéré le 2 mai 1945 (voir le récit de Georges Baumann ici).
Le 23 avril 1945, Himmler avait rencontré à Lübeck le comte Bernadotte, président de la Croix-Rouge suédoise, et lui avait annoncé que Hitler étant sur le point de mourir, il prend le pouvoir et se tient prêt à négocier la capitulation de l’Allemagne. Il lui dit qu’Hitler a demandé de passer le camp de Lübeck au lance-flamme en réponse au bombardement de Dresde (la ville a été entièrement détruite par les bombardements alliés, au moins 150 000 morts). Hitler ayant eu connaissance de cette rencontre, révoque Himmler qui gagne le Schleswig où il sera arrêté par les Anglais. (Son suicide lui permet d’échapper au jugement du Tribunal militaire international de Nuremberg.)
Bernadotte a plaidé la cause des prisonniers. Mais si le camp fut épargné, ce fut probablement que, la fin de la guerre approchant, aucun allemand n’a eu envie de prendre la responsabilité de le passer au lance-flamme.
Les prisonniers, annuaire de 1972 : ici (réservé aux adhérents)
Robert Blum (1902-1975)
Né à Paris de André Léon Blum et de Marie Adèle Julie Bloch.
Polytecnicien, promotion 1921 (Recherche de AM Fribourg)
Sa généalogie a été étudiée par GenAmi.
Fils de Léon Blum, prisonnier il fut à plusieurs reprises victime de la notoriété de son père.
![]() |
| Fernand Braudel |
Fernand Braudel, historien de civilisations (1902-1985)
Commandeur de la Légion d'honneur
Né à Luméville-en-Ornois (Ardennes), le 24 août 1902.
Agrégé d’histoire (1923). Professeur d’histoire aux lycées de Constantine et d’Alger (1924-1932). Professeur aux lycées Pasteur, Condorcet et Henri IV, à Paris (1932-1935).
Membre d’une mission française d’enseignement au Brésil, à Sao Paulo (1935-1937).
Directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études (section de philosophie de l’histoire) en 1937.
Mobilisé en 1938, fait prisonnier dans les Vosges, il fut envoyé en Allemagne, d'abord à Mayence,
Il obtient certains privilèges durant sa captivité : il a accès aux ouvrages allemands de la bibliothèque universitaire de la ville, il donne même des cours aux détenus, les préparant même à la licence d’histoire. En juin 1942, accusé d’être franc maçon, il est envoyé à Lubeck. Il semble que là, il ne cache pas ses sympathies gaullistes. Il rapporta dans sa musette le manuscrit de sa thèse Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II qui fut soutenue en 1947 et publiée deux ans plus tard. (Collège de France)
Directeur de la revue Les Annales (1946-1968).
Professeur d’histoire de la philosophie moderne au Collège de France (1949-1972).
Directeur d’études de la VIe section, Sciences économiques et sociales de l’École pratique des Hautes Études (1956-1972).
Fondateur de l’Association internationale d’histoire économique et administrateur de la Maison des Sciences de l’homme en 1962.
Professeur honoraire au Collège de France en 1972.
Correspondant de nombreuses académies étrangères, notamment celles de Budapest, Munich, Madrid, Belgrade.
Docteur honoris causa de plusieurs Universités, notamment Oxford, Bruxelles, Madrid, Varsovie, Cambridge, Yale, Genève, Padoue, Leyde, Montréal, Cologne, Chicago.
Élu à l’Académie française, le 14 juin 1984 au fauteuil de André Chamson (15e) et reçu le 30 mai 1985 par Maurice Druon.
Mort le 27 novembre 1985.
Fernand Braudel ne fut pas seulement un immense historien mais aussi un écrivain de grand talent. Son style est d’une merveilleuse poésie. Nous avons choisi, afin de vous convaincre, cet extrait d’une description de Venise :
« …Une ville à la fois irréelle et réelle. Peut-être parce qu’elle semble naître du néant, entre l’eau et le ciel, parce qu’elle n’est pas l’assemblage raisonnable de terre, de lumière, d’eau, de verdure que la géographie offre régulièrement à travers toutes les villes du vaste monde. La terre est ici tellement discrète, si sûrement dérobée que seuls comptent le miroir de l’eau et le miroir du ciel. La terre existe, bien sûr, mais pareille à ces bancs de sable et de boue qui, sur la lagune, émergent à peine de l’eau salée. Pour permettre à cette terre de porter Venise, il a fallu la recréer, la consolider avec des pierres, plus encore avec des milliers ou des millions de troncs d’arbre, de chênes enfoncés à la verticale. Venise surplombe une forêt engloutie.
… Le vrai cœur de Venise n’est ni sur ses places, ni sur l’arche du pont de Rialto, mais dans ce « bacino di San Marco » qui est son port, large coupe d’eau, qui s’agite au moindre vent, fait onduler les gondoles attachées à leurs pieux et laisse passer ou le vaporetto familier, acharné à faire la navette de quai en quai, ou les bateaux des longues traversées en route vers de lointains pays des navires parfois tout blancs qui, silencieux sur l’eau unie, semblent faits de papier, irréels.
En tous cas, c’est là, paresseusement, au bord de l’eau, qu’il faut regarder Venise pour la première fois. Si vous êtes arrivé par le chemin de fer et que vos premiers pas vous conduisent, comme de juste, vers la place Saint-Marc, traversez vite ce cœur de la Venise officielle, cet espace de grandes cérémonies, des troupes de pigeons parasites et de touristes pressés. N’entrez encore ni dans la basilique, ni dans le palais des Doges. Gagnez la Piazzetta. Et ne regardez pas trop les deux colonnes entre lesquelles on pendait jadis les nobles condamnés à mort ou d’autres suppliciés de classe. Car Venise a eu ses cruautés. Oubliez-les ! Ne pensez pas davantage au Pont des Soupirs, ni aux prisons des Piombi auquel ledit pont menait les condamnés. Tournez à droite. Le café de Todaro vous attend. Il porte un très joli nom, celui du Saint qui, avant Saint-Marc, a été le protecteur de la ville orgueilleuse. Sa vaste terrasse est l’observatoire rêvé. Tout près de là, bat l’orchestre des bruits tranquilles de l’eau. La mer tape sur les bois légers des gondoles et frappe inlassablement les pierres du quai. Si le soleil est de la partie, si l’odeur et la brise de mer vous caressent, fermez les yeux. Toutes les gloires de Venise, avec un peu d’imagination, surgissent devant vous : les galères au raz de l’eau, les naves au ventre rebondi, même la galère dorée du Bucentaure, à bord de laquelle, lors de la Sensa, la fête de l’Ascension, le Doge, chaque année, épousait solennellement la mer. Et, partout, comme de juste, des masques, rien que des masques. La joie de vivre est au rendez-vous. »
Et toute l’histoire de Venise, des ses Doges, de ses artistes, de ses visiteurs illustres, défilent sur ce ton. Du magnifique Braudel !
![]() |
Robert Marcus |
Robert Marcus (1907-1977)
Chevalier de la Légion d’Honneur
Croix de guerre avec palmes
Né à Paris en 1907 de parents français aux origines polonaises, ingénieur de l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, officier responsable des transmissions.
En savoir plus ...
Il a raconté sa campagne de France, d’un grand intérêt historique sur :
La bataille de France racontée par Robert Marcus
Après une lutte acharnée qui lui valut la Croix de guerre avec palmes, le lieutenant Robert Marcus fut pris les armes à la main le 21 juin 1940 dans le petit bois de Chaouillet à côté la Montagne de Sion, avec quelques uns de ses camarades. Enfermé d’abord dans le camp de la Malgrange près de Nancy, il ne s’évade pas car il a donné sa parole d’officier (loin de s’imaginer que cela durerait cinq ans).
Le 18 août, il fut envoyé à Münster en Westphalie dans l’Oflag VI D au moins jusqu’au mois de mai 1941, puis à Colditz, puis à Lübeck.
![]() |
| Camp de Munster |
Pour la période du camp de Munster, je possède des notes et des récits de la vie au camp rédigés sur des cahiers. Les prisonniers recevaient beaucoup de colis, ils s’occupaient en créant des spectacles, suivaient des cours. Robert Marcus a laissé les notes qu’il a prises de ses cours de bridge, de droit commercial, de ses lectures (il envoie à sa femme un extrait des jeunes Filles » de Montherlant (il a trois filles, il se sent concerné), il recopie d’ailleurs ses lettres sur ses cahiers, suit tout ce qu’elle fait à distance, lui donne des conseils. Il rédige un superbe cours de radio-électricité qu’il va donner à ses camarades (sûrement à ceux qui ont déjà atteint un bon niveau en maths et en physique). Ce domaine, encore peu étudié à l’Ecole centrale de Paris, était sa passion. Il est fort possible que l’un des buts visait à construire des postes de TSF à partir de pièces de différentes origines reçues dans les colis.
![]() |
![]() |
| Pages extraites du cours de radioélectricité | |
A partir de la mai 1941, je n’ai plus de carnets, seulement des souvenirs de récits oraux et des photos. Avant un déménagement, dans les dernières années de sa vie, mon père a détruit toutes les lettres envoyées à ma mère dans lesquelles on aurait pu trouver de précieuses informations.
À Colditz
Dans le courant de l’année 1941, les prisonniers sont envoyés à la citadelle de Colditz qui se trouve en Saxe, un lieu réputé pour la difficulté de s’en évader. Certains réussirent cependant, mais surtout à l’occasion de sorties exceptionnelles. J’ai essayé de joindre l’association des anciens prisonniers de Colditz et j’ai eu la surprise d’apprendre que l’association ne concernait pas les prisonniers juifs qui étaient séparés des autres prisonniers… rapide fin de non recevoir. Il y a eu d’ailleurs, d’après ce que m’a raconté un ami ancien prisonnier, quelques réactions antisémites. Par exemple, Robert Blum, le fils de Léon Blum, fait prisonnier à Bar-le-Duc, a été violemment pris à partie, on lui reprochait les idées de son père.
D’autres personnalités y étaient détenues, le fils de Winston Churchill, Randolph, journaliste et correspondant de guerre pour le Daily Express, capturé à Narvick ainsi que le Comte Lascelles, cousin du roi d’Angleterre.
Cette attitude de rejet par des officiers non juifs a peut-être accéléré l’envoi des officiers juifs au camp de Lübeck qui n’était pourtant pas prêt à les recevoir (voir le récit de Georges Baumann). D’autres s’y sont retrouvés à la suite de tentatives répétées d’évasion.
![]() |
![]() |
| Forteresse de Colditz | Cours de Colditz |
Le caractère de chacun se voit dans le ton des faits relatés. D’après certains, l’atmosphère était uniquement tragique, nous voulons bien le croire. D’autres, malgré les souffrances qu’ils ont endurées, ont voulu faire rire des Allemands, une façon de se venger de ce qu’ils ont subi. Et leurs histoires ressemblent alors à celles de la série télévisée de Papa Schultz (titre original: Hogan's Heroes.) C’était le cas de mon père Robert Marcus, et maintenant, dans ma mémoire, je n’arrive plus à dissocier les histoires du feuilleton de celles qu’il nous racontait.
![]() |
![]() |
| Robert Marcus et Jack Lang (imprimeur) | Robert Marcus et Louis Kahn |
![]() |
![]() |
| Robert Marcus et ses camarades à Lübeck | |
A la libération du camp, Robert Marcus et quelques amis ont réquisitionné une voiture et pendant quelques jours ont assuré le transport des blessés. C’est avec cette voiture qu’ils sont plus tard arrivés à Paris.
D’autres officiers français se sont mis à la disposition des autorités britanniques pour aider à l'identification et à l'encadrement des ressortissants français se trouvant dans la région, en vue de leur rapatriement.
J’ai bien entendu raconter par un ancien prisonnier une sordide histoire de vengeance vis-à-vis du commandant nazi du camp. Il m’est impossible de relater cet épisode sans confirmation : cet acte commis par un petit nombre, entacherait la mémoire de tous.
Plus tard, au procès de Nuremberg, le 20 novembre 1945, parmi les crimes de guerre, il a été stipulé que des officiers qui s’étaient évadés de l’Oflag XC ont été remis à la Gestapo et disparurent, d’autres auraient été assassinés par les gardes (ce qui correspondrait à des évènements relatés par Georges Baumann), d’autres envoyés en camp de concentration.
Elie de Rothschild (1917-2007) et Alain (1910-1982)
Fils de Robert de Rothschild (1880-1946) et de son épouse, Gabrielle Beer (1886-1945).
Elie : Alors jeune sous-lieutenant au 11e régiment de cuirassiers, il est fait prisonnier le 17 mai 1940 avec son frère Alain. Pour le IIIe Reich, détenir deux Rothschild est un « trésor de guerre ». Mais les actions des capitaux de la famille étaient aux mains de l’Etat de .
Avec un grand nombre de prisonniers, ils traverseront une partie de l’Allemagne à pied et entreront par train le 23 mai au camp de Nienburg sur Weser (l’oflag XB, en Basse-Saxe). Après avoir été dénoncés par des camarades français, informés de leur projet d’évasion, les deux frères (ayant projeté de se faire confectionner une tenue civile) seront transférés dans la forteresse de Colditz (oflag IV C) puis à Lübeck.
Le baron Elie avait une histoire particulière au sein des Rothschild, qu’il partageait avec son frère Alain (décédé en 1982). Au moment où la Judengasse de Francfort était rasée par les bombardements alliés, il était en captivité. Deux cents ans après la naissance de son ancêtre Mayer Amschel, agent financier du landgrave de Hesse-Kassel et premier banquier de l’illustre dynastie.
Alors aux mains du Reich, le baron Elie épousa une amie d’enfance, Liliane Fould-Springer. L’union se fit par procuration, le 7 octobre 1941. Elle était son aînée d’un an. Ils s’étaient connus enfants, lorsque les deux familles se fréquentaient autour de Chantilly. Liliane Fould-Springer était la fille du banquier Eugène Fould (cousin d'Achille Fould) et de la baronne autrichienne Marie-Cécile von Springer (fille de l'industriel Gustav Springer). Ce couple avait fait l’acquisition en 1926, du Palais abbatial de Royaumont et des terres avoisinantes. La baronne Liliane et son frère Max y ont passé leur vie. Le baron Elie Robert de Rothschild est décédé dans sa résidence de chasse au Tyrol (ouest de l'Autriche), à la suite d'une attaque cardiaque à l'âge de 90 ans.
Alain de Rothschild (1910-1982) a été président du Consistoire, président du CRIF.
Etienne Wolff
Grand Officier de la Légion d 'Honneur
Commandeur de l'Ordre National du Mérite
Commandeur des Palmes Académiques
Commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres
Né à Auxerre (Yonne) le 12 février 1904. Décédé le 19 novembre 1996
Ascendance alsacienne par sa famille paternelle, lorraine par sa famille maternelle.
Docteur honoris causa de plusieurs Universités étrangères
Mobilisé comme lieutenant dans un régiment d'artillerie de la Ligne Maginot, il est fait prisonnier en juin 1940, envoyé à l'Oflag d'Edelbach, puis à l'Oflag spécial de Lübeck en 1944.
Professeur au Collège de France
L'Académie française l'a élu au fauteuil de Louis Pasteur Vallery-Radot le 28 octobre 1971
Pour en savoir plus sur Etienne Wolff (site du collège de France)
![]() |