
Durmenach commémore aujourd'hui le souvenir de la communauté juive présente ici pendant des siècles, qui a largement contribué à son dévelopement.
C'est à partir du 14e siècle que les juifs, expulsés de villes comme Bâle ou Strasbourg (en 1388), vont progressivement s'installer dans les campagnes.
A Strasbourg, ils ne peuvent plus résider en ville, et y sont seulement tolérés dans la journée pour pratiquer le prêt à intérêt. Les seigneurs qui régnaient sur les villages étaient souvent à court d'argent et voyaient en eux une source non négligeable de revenus.
Ainsi reçurent-ils sur leurs terres des familles expulsées des villes voisnes, c'est dans ce contexte que les juifs s'installèrent dans le Sundgau, où ils forment d'importantes communautés : à Hégenheim, Hagenthal, Hirsingue, Seppois et... Durmenach.
Suivra ensuite une longue période s'étendant sur plus de trois siècles, où les juifs d'Alsace menèrent une existence précaire et misérable, en butte à toutes les vexations et à toutes les humiliations, à la merci d'un caprice de prince ou d'actes de violence de la part de bandes de mercenaires ou de troupes passant à travers les campagnes, et sans cessa menacés d'expulsion.
Le traité de Westphalie, en 1648, amènera un profond changement dans la situation des juifs d'Alsace.
Au XVIIIe siècle : Durmenach compte 28 familles juives dans 5 maisons en 1744. Dix ans plus tard, en 1754, les chiffres passent à 40 familles et 17 grandes maisons, pour atteindre en 1766 44 familles.
En 1781 il y a plus de juifs que de catholiques (309 pour 260). En 1784, lors du "Dénombrement général des Juifs tolérés en la province d'Alsace" ordonné par Louis XVI, on y comptait 73 familles comprenant 340 individus. Il est à noter que dans toute la Haute Alsace, il n'y a que 6 communautés qui dépassent le chiffre de 300 personnes.
Au XIXe siècle : Le dynamisme de la communauté juive de Durmenach transforme le village en un centre économique et commercial florissant. De 600 habitants en 1807, la population augmente à 1038 en 1821 et à 1111 en 1841 (soit presque doublé en 40 ans).
La communauté dispose de ses structures : école de filles et de garçons (ces écoles seront d'ailleurs au centre de vives tensions durant tout le XIXe siècle), une synagogue construite en 1803 et, selon des témoignages oraux, ils bénéficiaient d'un bain rituel, aménagé derrière la synagogue. Et enfin, elle est le siège d'un rabbinat de 1803 à 1910. Parmi ses rabbins, s'illustrera le rabbin Salomon Wolf Klein, particulièrement aimé par M. le Grand rabbin, qui fut le chef de file de l'"orthodoxie" au sein du rabbinat fraçais. Il exerça successivement à Biesheim, Rixheim et Durmenach de 1842 à 1847, et fut élu Grand Rabbin du haut-Rhin en 1850, fonction qu'il remplit jusqu'en 1867, année de sa mort.
Les habitants juifs participèrent à toutes les équipes municipales à partir de 1822. En 1831, ils disposent de six conseillers sur douze. Après les élections de 1848, ils sont sept et réélisent Aaron Meyer, maire depuis 1840. Il est le seul maire juif de l'histoire de Durmenach et exerce cette fonction jusqu'au 5 mai 1851, date de sa démission.
De 1855 à 1857, le conseil municipal désigne David Bloch pour faire office d'adjoint au maire. En 1860, le conseil comprend sept Juifs et cinq en 1865.
Malheureusement, cette cohabitation ne se déroule pas sans heurts. Et c'est très probablement les évenements de 1848 qui vont faire changer l'harmonie du village et qui créera une faille entre ses deux communautés. Elles sera le début du déclin de la population juive qui cherchera refuge vers d'autres horizons.
En effet, lors de la Révolution de février 1848 qui chassa du pouvoir Louis-Philippe et qui provoqua l'installation de la Seconde République, cela entraîna déjà dans la population une certaine déstabilisation. Il faut ajouter à cela les campagnes meurtries par les récoltes catastrophiques de 1845 et 1846, puis la crise économique qui s'en suivit. Les passions se déchaînèrent à nouveau contre les juifs. Les paysans qui avaient contracté des dettes auprès de ceux-ci considérèrent ces derniers comme responsables de la crise. Dans le Sundgau, mais également dans le Bas-Rhin, ont eu lieu de véritables émeutes. Les faits les plus graves se produisirent à Durmenach du 29 février au 3 mars 1848. Il s'agit d'un véritable pogrom (le dernier en France !). La population juive qui représente 56% des habitants de la commune est attaquée par environ 2000 assaillants ! Ces derniers arrachent les toitures des maisons juives, mettent le feu à de nombreuses demeures et détruisent les biens de leurs concitoyens juifs qui s'enfuient pour sauver leur vie. Le curé du village intervient et donne asile aux juifs trop agés pour fuir, mais il est gravement menacé par les manifestants.
D.ieu merci, il n'y eut pas de victime. Les dommages seront importants, tant pour les personnes privées que pour l'ensemble de la communauté qui se retrouve avec sa synagogue détruite de fond en comble, ainsi que son mobilier.
Les dédommagements réclamés viendront tard, et seulement partiellement, ce qui entretiendra encore une certaine tension dans la population.
De nombreux Juifs iront rouver refuge en Suisse (Bâle et Allschwill) et plus d'une centaine renoncent à revenir et s'installent définitivement en terre helvétique, de sorte que la population juive ne représente plus que 47% des habitants en 1851 et 43% en 1866. Pourtant, la minorité juive se maintient et fait preuve de dynamisme et d'esprit d'initiative pour défendre activement ses intérêts. Elle parviendra à garder des offices jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale. Là aussi, elle paya un lourd tribut, seize personnes de tout âge furent arrêtées et déportées à Auschwitz. Leur présence diminuera ensuite régulièrement, le dernier représentant, Alfred Brunschwig, décèdera en 1987.
Aujourd'hui, c'est à notre tour de garder en mémoire ces souvenirs. Je rends hommage, en mon nom, ainsi qu'en celui de la communauté juive, à M. le maire de Durmenach, ainsi qu'à toute l'équipe qui l'a entouré pour la réalisation historique de cette commémoration.
Nous sommes conscients que peu de communes, de villes ou même de pays en Europe, n'ont eu à coeur ce travail de mémoire, et nous en sommes d'autant plus reconnaissants.
Merci !
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