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Les émeutes anti-juives de 1848

par Micheline GUTMANN
Avec la participation d'Anne-Marie FRIBOURG

 
Durmenach - La maison DUCAS
(photo M. Gutmann)

En 1848, c’est un véritable pogrome qui a lieu dans toute la région mais particulièrement à Durmenach où les dégâts sont énormes, les maisons détruites et pillées. Une partie des Juifs se réfugia à Bâle.

Quelques extraits de « Archives Israélites » de février et mars 1848, racontent les graves émeutes anti-juives qui ont eu lieu à cette époque dans le Sundgau (sud du Haut-Rhin).

Il semble que les troubles aient éclaté à Thann, mais ils se sont vite répandus dans toute la région.

A Durmenach, toutes les familles juives ont été chassées et leurs maisons pillées pendant trois jours. Ils ont failli faire la même chose chez le curé M. Spitz qui avait protégé le vieux Félix Kahn et quelques biens de familles juives.

En 1849, une pétition a été adressée au préfet par la communauté juive, afin de réclamer un dédommagement pour les dégâts causés par les émeutiers.

Pétition adressée au préfet du Haut-Rhin par les juifs de Durmenach, après les émeutes de 1848

        (Document obtenu aux archives départementales du Haut-Rhin à Colmar)

Monsieur le Préfet,

Ont l’honneur de vous exposer

(Liste des noms)

Tous demeurant à Durmenach,
Agissant tant en leur propre et privé nom que comme propriétaires de la synagogue qu’ils possèdent dans le dire commune de Durmenach.
Que sous dates du 28,29 février, 1 et 2 mars 1848, ils ont été assaillis par une populace furieuse d’habitants de Durmenach et de nombreuses communes des environs : cette bande, composée d’hommes, de femmes et d’enfants, s’est jetée successivement dans des maisons habitées par les exposants où, pire que des sauvages, elle s’est livrée à un pillage sans exemple ; toutes leurs marchandises ont été volées, le mobilier qui n’a pas été enlevé et pillé a été saccagé et brisé ; l’intérieur des maisons fut entièrement abîmé, les planchers, portes, fenêtres, ont été enlevés ou jetés dans la rue, les fourneaux et âtres défoncés, la plupart des toitures des bâtiments ont été détruits ; bref, aucune maison n’était plus habitable.

Ces dévastations, destructions, pillages, se sont effectués sans que les autorités municipales catholiques, la Garde nationale ou les habitants, aient pris des mesures pour réprimer les brigandages : beaucoup d’entre eux y ont même pris une part active : loin de chercher à secourir les exposants, on les maltraitait pour les forcer à quitter le village.

L’autorité du maire de la commune, l’un des exposants, a été inconnue, à tel point, qu’après des menaces de mort, qu’on n’aurait pas manqué d’exécuter, il a été obligé d’abandonner son domicile et de se réfugier en Suisse.

La synagogue, qui est une propriété particulière des Exposants, a également été entièrement dévastée par ces forcenés, tout le mobilier, le tabernacle, les Bibles, les lustres, les livres, tous les sièges, ont été ou pillés ou détruits, tout ce qui existait dans l’Intérieur du bâtiment a été abîmé, les planchers, fenêtres, toiture, ont été défoncés.

Les faits que les Exposants portent à votre connaissance sont notoires, personne ne songera à les contredire. A aucune époque, on n’a vu commettre de pareilles atrocités.

La perte essuyée par chacun des exposants est inappréciable ; beaucoup d’entre eux sont réduits à la plus affreuse misère, ils ne doivent leur existence qu’à des âmes charitables.

Les exposants ont énuméré les pertes que chacun a éprouvées en objets mobiles, marchandises et en dommages causés à leur bâtiments : ces pertes sont notoires et se trouvent consignées en partie dans les procès-verbaux dressés par les autorités judiciaires chargé de faire les informations criminelle sur cet attentat inouï.

Suit, pour chaque exposant, une évaluation des pertes subies.

Nous avons rapporté des archives départementales ce long inventaire, qui porte toutes les signatures des plaignants (16 pages).

Signatures des exposants
(Archives départementales du Haut-Rhin à Colmar)

Une copie de ces listes est à la disposition des adhérents de GenAmi.

La conclusion de cette affaire :

En 1852, la cour d’assises du Bas-Rhin a acquitté les auteurs des troubles. En 1855, le gouvernement a accordé à la communauté israélite de Durmenach 800F pour subvenir à la réparation de la synagogue.