Les cimetières juifs du Luxembourg

par Laurent Moyse

 
Esternach - Petite Suisse luxembourgeoise
(carte postale de la collection de M. Gutmann)

Extrait de la brochure sur les Juifs du Luxembourg éditée par GenAmi

Le Grand-Duché de Luxembourg abrite en tout cinq cimetières juifs. Deux se trouvent à Luxembourg même, dont un est encore utilisé aujourd’hui. Les autres cimetières se situent à Esch-sur-Alzette, Ettelbruck et Grevenmacher.

1 - Le cimetière de Clausen

Le cimetière de Clausen, encore appelé cimetière Malakoff (à cause de la proximité d’une tour du même nom qui faisait partie des fortifications de la ville), est le plus ancien des cimetières juifs du Luxembourg. Il est situé dans la partie basse de la ville de Luxembourg, dans le quartier de Clausen, et n’est plus utilisé - faute de place - depuis un siècle.

De quand date-t-il exactement ? Dans son ouvrage sur la communauté juive de Luxembourg, le grand-rabbin Lehrmann mentionne une tombe où est inscrite la phrase suivante : « Ici repose Leo Sichel, fils de H. Sichel et de T. Cahen, décédé le 5 avril 1843. » Il en conclut que le cimetière date du début des années 1840. Les tombes encore lisibles aujourd’hui qui mentionnent des dates sont toutes postérieures.

En fait, l’origine du cimetière de Clausen remonte au 1er décembre 1817, lorsqu’il a été acheté par la communauté pour pouvoir enterrer ses membres. Les recherches actuelles n’ont pas encore permis de savoir ce qu’il est advenu des personnes décédées à Luxembourg avant l’acquisition du terrain à Clausen. Notons simplement que d’après certaines sources, un cimetière aurait existé plusieurs siècles auparavant dans la vallée de la Pétrusse, mais rien ne permet de confirmer cette hypothèse.

Il faut savoir que la présence permanente des Juifs au Luxembourg remonte à 1798/99, lorsque les premières familles se sont établies dans la Ville de Luxembourg. Avant la Révolution française, les Juifs n’avaient pas le droit de s’installer sur le territoire luxembourgeois. Lorsque le Luxembourg devient « département des forêts » en 1795, la législation napoléonienne permet l’arrivée progressive de familles juives sur le territoire du futur Grand-Duché.

Le premier recensement de 1808, particulièrement important du point de vue de l’état civil étant donné que les Juifs étaient obligés d’adopter un nom fixe, parle de 75 Juifs. En consultant cette liste, on s’aperçoit néanmoins qu’elle mentionne près de 90 noms. Le recensement de 1818, donc quelques mois après que le cimetière de Clausen soit devenu la propriété de la communauté, mentionne 29 familles, dont 26 à Luxembourg même. Il s’agit essentiellement de marchands, colporteurs, en fait de Juifs exerçant des métiers hérités d’avant la Révolution française, étant donné que l’accès à d’autres professions leur était interdit pendant l’Ancien Régime. Ils venaient essentiellement de la région voisine, c’est-à-dire de la proche Allemagne et surtout de Lorraine.

On trouve au cimetière de Clausen une centaine de tombes. Certaines portent uniquement des inscriptions en hébreu, d’autres en français ou en allemand. Beaucoup de ces tombent sont devenues illisibles et d’autres ne donnent que des indications sommaires. Le cimetière a subi des dégradations importantes sous l’occupation nazie pendant la seconde guerre mondiale et a été également le théâtre d’éboulements dans les années soixante.

La partie la plus ancienne se situe dans la partie basse du cimetière et l’ordre chronologique suit plus ou moins la pente aménagée du milieu qui sépare les deux côtés du cimetière. Les premières tombes datent vraisemblablement du début des années 20, les plus récentes des années 1883/84.

2 - Le cimetière Bellevue

Le cimetière Bellevue, actuellement encore utilisé, se situe dans le quartier du Limpertsberg. Son acquisition par la communauté de Luxembourg date du 11 mai 1883, le cimetière de Clausen étant devenu trop exigu.

Lors d’une réunion du 2 décembre 1883, le conseil d’administration, présidé par Louis Godchaux, prend une décision selon laquelle les enterrements auront lieu désormais dans le nouveau cimetière, ceci à partir du 1er janvier 1884. Les quelques places restantes dans l’ancien cimetière sont réservées aux membres inscrits dans la communauté, dont la famille devra payer une taxe s’élevant entre 90 et 600 francs selon la « classe » d’appartenance.

Les premiers enterrements du cimetière Bellevue ont lieu à partir de l’année 1884. Notons qu’on y trouve toutefois une tombe qui porte la date de décès du 14 avril 1893.

D’une surface initiale de 73 hectares, le cimetière a été agrandi par la suite. Il appartient à la commune de Luxembourg depuis 1961, qui est responsable de l’entretien (de même que le cimetière de Clausen d’ailleurs).

Il s’agit du plus grand cimetière juif du territoire luxembourgeois.

3 - Le cimetière d’Esch-sur-Alzette

Le cimetière d’Esch-sur-Alzette, ville située à la frontière française à 20 km à peine de Luxembourg, est situé depuis 1953 à l’entrée nord de la localité. Il y a été transféré à l’époque du lieu originaire dit « Lallenger Deich », où il avait été érigé en 1905 et agrandi dix ans plus tard, la municipalité souhaitant disposer du terrain dans le cadre de l’urbanisation du nouveau quartier. Avant 1905, les Juifs décédés à Esch-sur-Alzette étaient inhumés à Luxembourg.

La communauté d’Esch-sur-Alzette a vu le jour à la fin du siècle dernier, l’essor commercial et industriel ayant attiré de nombreuses familles dans la région du bassin minier.

Une petite centaine de tombes peuple actuellement le cimetière, qui a été à deux reprises l’objet de profanations dans la première moitié des années 90.

4 - Le cimetière d’Ettelbruck

Le cimetière juif d’Ettelbruck date du début des années 1880. Situé à quelque 30 km au nord de la capitale, la communauté d’Ettelbruck rassemblait les Juifs qui habitaient la région, carrefour commercial du pays. Les premiers Juifs se sont installés dans la commune de Grosbous vers la fin des années 1820 et une présence est attestée par la suite dans plusieurs localités, notamment à Ettelbruck et Medernach.

Jusqu’en 1881, les membres de la communauté d’Ettelbruck étaient enterrés à Luxembourg, à la suite d’un transport effectué dans des conditions fort pénibles (une carriole transportant le corps était tirée à force de cheval sur une route difficilement praticable). Parmi les 36 personnes ainsi enterrées à Clausen, 14 étaient des enfants.

Du fait des difficultés de transport, le conseil communal d’Ettelbruck donna finalement son feu vert en 1880 pour la construction d’un cimetière à l’entrée sud de la ville. Le premier enterrement, celui d’un enfant de 8 ans, eut lieu en 1882. Depuis lors, quelque 190 personnes reposent dans le cimetière.

5 - Le cimetière de Grevenmacher

La ville de Grevenmacher, située au bord de la Moselle près de la frontière allemande, a abrité plusieurs familles juives jusqu’à la seconde guerre mondiale. Bien qu’il n’y ait pas eu de synagogue, les membres de cette petite communauté se rassemblaient dans une maison privée pour célébrer les offices.

Le cimetière, situé légèrement en hauteur, contient 38 tombes de personnes ayant résidé à Grevenmacher et dans les environs. Une grande partie d’entre elles étaient originaires d’Allemagne, notamment de la région de Trêves. On y trouve également une tombe d’un enfant âgé de 8 jours, décédé en 1909.

Les tombes les plus anciennes datent du début de ce siècle, ce qui laisse supposer que la construction du cimetière a dû être réalisée vers 1900.