
(Extrait de GenAmi N° 21)
par Micheline Gutmann, recherches préliminaires effectuées par Francine Pallard
Compléments de Jean-Marc Ovazza
Les recherches généalogiques en Italie passent pour être difficile à effectuer. En réalité, ce qui est rare n'est pas le nombre de sources mais le nombre de généalogistes et l'habitude d'effectuer des recherches dans ce domaine. Pour les Italiens, la généalogie n'est que successorale, il faut parler d'histoire familiale. Et dans ce cas, même si le terrain est encore assez vierge, il est possible d'accéder à un grand nombre de sources dont nous allons essayer de donner un aperçu dans cet article.
A - Méthodologie
Dans GenAmi n° 20, nous avons signalé l'article, traduit en français, de John Philip Coletta, qui est très complet sur la stratégie de recherche en Italie. Il est indispensable de lire ce document avant d'aller faire des recherches sur place. Nous énumérons brièvement les principales catégories de sources.
Bibliothèques en Italie
Les sources peuvent se trouver principalement dans des bibliothèques : soit une bibliographie générale où apparaissent de
nombreux Juifs, soit des récits concernant les Juifs d'une ville ou d'une région (Venise, Livourne, Mantoue,. Milan, Piémont ...etc.),
soit des histoires familiales comme celle des Norsa (voir GenAmi n° 12) et des Finzi ou Colorni (Judaica
Minore, de Vittore Colorni).
La revue Avotaynu contient de nombreux articles sur les recherches en Italie, GenAmi possède le CD-Rom des articles parus.
Mario Modiano, d'Athènes, a publié deux fascicules sur les familles Modiano et Modigliano. La famille Saltiel
a également été très étudiée.
![]() Florence - Place de la Seigneurie (document Sylvia Riveline) |
Les archives civiles L'état civil (N.M.D.) qui a été enregistré à partir de 1866 se trouve dans les communes. Les actes sont très riches en information.
Les registres sont indexés. Il faut demander à la mairie un acte intégral N, M ou D, à des fins historiques et envoyer la photocopie
recto-verso de sa carte d'identité et le n° du décret concernant cette possibilité. |
Autres sources
Dans les cimetières juifs, les tombes sont maintenues à perpétuité et restent encore nombreuses et parfois très anciennes. Il faut se
déplacer.
On peut écrire aux rabbins, rendre visite aux communautés.
Le livre de l'Holocauste italien, par Liliana Piciotto contient plus de 8 000 noms de personnes déportées.
Le Centre d'études juives sur le judaïsme italien à Tel Aviv contient environ 6 000 ouvrages.
Nous avons exploré la liste des microfilms de la société généalogique de l'Utah pour les Juifs d'Italie, qui se trouve sur l'inventaire
du CD réalisé pour l'IAJGS. Ce n'est peut-être pas complet mais il y a au moins des films pour Mantoue, Cremone, Modène, Parme, Pesaro,
Urbino, Reggio Emilia, Verone.
Pour l'ancien grand-duché de Toscane, existe des listes de fixation de noms en 1809, accéder par les mots clef Italy puis Toscana.
B – « Nos ancêtres italiens »
![]() Timbre-poste commémorant l'émancipation des Juifs italiens (Offert par Marc Margarit) |
Association membre de la Fédération française de généalogie (FFG). Elle se trouve dans notre collège et Micheline Gutmann la représente
donc au Conseil d'administration. |
Ouvrages généraux sur les Juifs d'Italie
Dictionnaires des noms de famille, dictionnaires des auteurs, bibliographies, onomastique, histoire depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours,
l'Inquisition, les Juifs pendant la seconde guerre mondiale, histoire des banquiers juifs, des immigrations, des émigrations.
Signalons parmi les nombreux ouvrages le recensement de 1841 de Michel Luzzati, Index de toutes les bibliographies italiennes consultables
à la Bibliothèque nationale. Ainsi que la liste des familles italiennes par ordre alphabétique par Sergio Della Pergola (dont des Carmi
de Carpentras et une lignée de Montel de Turin et d’Alessandro du Piémont), plusieurs chapitres sur les procès de Venise contre les Juifs
et les judaïsants de 1570 à 1681).
Ouvrages sur l'histoire de communautés
Les villes : Ancone, Ascoli, Asti, Bitonto, Catagne, Chieri, Citta di Castello, Crémone, Cuneo, Este, Ferrare, Florence, Fossano, Gênes, Gorizia, Gradisca d'Isonzo, Lanciano, Livourne (nombreux ouvrages), Lugo, Mantoue, Milan, Modène, Monferrato, Padoue, Palerme, Pérouges, Pise, Pitigliano, Reggio de Calabre, Reggio Emilia et Scandiano, Soncino, Syracuse, Rodi, Rome, Riva del Garda, Terni, Trieste, Turin, Udine, Venise, Vercelli, Vérone
Les régions : le Frioul, le Lazio, la Lombardie, Malte, Naples, l'Ombrie, le Piémont, les Pouilles, la Sardaigne, la Sicile, la Toscane, la Vénétie,
Des généalogies déjà réalisées ; comme elles sont assez rares, il faut les signaler.
Familles : Almansi, Ascarelli, Bassani de Parme et ceux de Vérone, Bassevi, Besso de Trieste, Carcassona de Sardaigne, Citone, Civitalli, Colorni, Contini, Corcos, Corinaldi, Curiel, Da Pisa, Della Pergola, Di Cori, Foa, Forti, Grassini, Guastalla et Lonzana-Formiggini de Modène, Montcalvo, Morpurgo et Moscati, Orvieto, Salmoni, Funaro et Bonaventura, Reichenbach, Senigalia, arbres de familles de Soncino, Traboti, Vitta de Lyon, descendance du couple Allessandro Vitale et Emma Del Vecchio, Terracina-Zarfati de Rome, Volterra, Zamorani.
Quelques exemples
Autres services proposés par Marc Margarit
Adresses de bibliothèques en Italie (voir également sur son site), adresses des communautés, contacts avec des historiens, les musées, recherche sur la carte des noms. La bibliothèque contient également des ouvrages concernant d'autres pays du bassin méditerranéen.
C- Les sites Internet
![]() Plan ancien de la ville de Venise (collection Gérard Silvain) |
|
D- La bibliothèque de GenAmi
Nous conseillons de se reporter à la liste de notre bibliothèque.
Cependant signalons principalement les ouvrages suivants :
E- Des conseils précieux de notre adhérent Jean-Marc Ovazza
Les communautés juives italiennes sont pour certaines très restreintes et la sédentarité des familles y est forte depuis très longtemps.
Les membres se connaissent et bien souvent sont parents. Les lignages, cousinages sont connus sur de très longues périodes. Cela est très
intéressant pour qui en fait partie mais rend aussi l’obtention d’information très difficile. La méfiance des étrangers est très
importante. Ce réflexe est d’autant plus présent que la communauté se sent en danger. L’antisémitisme est une donnée qui est aussi présente
en Italie.
Selon ma toute petite expérience l’approche généalogique qui est la meilleure consiste à se présenter comme membre d’une famille ou
avec un nom connu dans la communauté, mais n’est pas non plus suffisant. Un lignage c’est aussi une histoire et une culture et rechercher
une parenté est une attitude comprise si elle s’accompagne d’une volonté de s’approprier la culture et l’histoire de la communauté.
Cela nécessite de s’imprégner, de se réapproprier un passé qui parfois nous a échappé.
![]() Le Ghetto de Venise aujourd'hui (photo Caroline Guillot) |
Les archives civiles J’ai, pour ma part, utilisé trois archives : Selon les dates, les deux premières archives peuvent détenir les « registri degli uffuci di leva » ou registres des actes de conscriptions qui sont aussi une source d’information importante. Des généalogies déjà réalisées ; comme elles sont assez rares, il faut les signaler. |
Des ouvrages généraux
Comme je le disais, connaître l’histoire des Juifs d’Italie est un préalable indispensable à leur rencontre pour ce la je ne saurais
que conseiller quelques lectures comme :
- The Jews in fascist Italy, par Renzo De Felice, 2001, New York, Ed.Enigma Books, 777p
- Benevolence and Betrayal, par Alexander Stille, 1991, New York, Ed Picador, 365p
Conclusion
Les recherches sur les communautés juives italiennes peuvent être comparées à une promenade sur le fil d’un rasoir.
Les Juifs d’Italie ont été à l’avant-garde de la réunification et ceci de toutes les manières possible : par l’aide financière à la
république naissante, par l’engagement dans les Brigades garibaldiennes, par une entrée massive dans la fonction publique, l’armée et
la politique. Ils sont donc très fiers de l’omniprésence de leur communauté dans la jeune histoire de leur pays. Mais ce même militantisme
nationaliste et républicain a aussi poussé bon nombre d’entre eux à devenir fascistes dès les premières heures du parti et ceci non pas
par obligation, mais par conviction. Cet engagement s’est soldé par un massacre tardif mais massif perpétré par un dictateur sur le déclin.
Les communautés doivent donc assumer en même temps la fierté de bâtisseurs et une position qui leur a pourtant coûté très cher.
Arriver comme étranger dans un tel contexte et interroger les gens sur leur passé réclame donc énormément de diplomatie.
![]() |