
par Stéphane Lallich
par J.-C. Hérelle-Carcassone | |
par Jean Carcassonne | |
Un peu d'histoire
Un peu d’histoire pour commencer, en suivant l’ouvrage de René Moulinas pour l’essentiel.
Le Comtat-Venaissin et Avignon ont appartenu au Saint-Siège jusqu’en 1791, depuis le XIIIe siècle pour le Comtat,
depuis 1348 pour Avignon. Ces deux territoires forment depuis 1793 l’essentiel du département du Vaucluse (84).
Alors que la France avait expulsé les juifs depuis le XIVe siècle et la Provence depuis 1500-1501, les papes avaient
toujours refusé de chasser les juifs de leurs territoires. Les communautés qui s’y étaient constituées, depuis sans
doute l’époque romaine, purent donc y rester, leurs membres obtenant la citoyenneté française à partir de 1790.
Suivant Lunel, la tradition rapporte que les familles les plus considérables de la maison de David et de la Tribu de
Juda auraient été exilées en Gaule méridionale et dans la péninsule Ibérique à la suite de la chute de Jérusalem dans
les années 70 de notre ère. Selon les intéressés eux-mêmes, deux familles existaient encore en 1808 qui tiraient leur
origine de ces premiers Hébreux (Moulinas) !
Jusqu’à la première moitié du XVIe siècle, l’accès de presque tous les métiers leur était ouvert, ils pouvaient être
propriétaires en dehors de la carrière, mais ce ne fut pas sans difficultés. Rappelons notamment le massacre de Carpentras
en 1459 ou diverses demandes d’expulsion.
Puis les choses vont se gâter, plus encore à partir de la Contre-Réforme. En 1524, interdiction d’exercer des fonctions
publiques et obligation de porter le chapeau jaune, qui succède à la rouelle exigée depuis le concile de Latran de 1215.
En 1555, réaffirmation de l’obligation du chapeau jaune, interdiction de la ferme des impôts, de l’exploitation des terres
et biens immeubles hors carrières, de l’exercice de la médecine, du commerce des marchandises neuves, renfermement strict
dans les ghettos, ou carrières. Par carrière on entend une rue fermée à ses deux extrémités (depuis 1486 à Carpentras,
un peu plus tôt à Avignon), mais aussi l’ensemble de ses habitants. En 1569, grave menace d’expulsion. Dès 1624, seules
quatre carrières furent autorisées, celles d’Avignon, de Carpentras, de L’Isle-sur-Sorgue et de Cavaillon. L’exception
de Bédarrides fut supprimée en 1694.
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Synagogue de Cavaillon
Intérieur |
Synagogue de Cavaillon
Extérieur |
La carrière la plus peuplée est celle de Carpentras, dont l’accord de fondation entre 64 familles remonte à 1276. Celle-ci culminera semble-t-il à un millier de personnes vers 1760-70 et redescendra à 343 personnes lors de la prise de nom de 1808. Les deux autres carrières comtadines sont beaucoup moins nombreuses : la carrière de L’Isle a compté entre 27 et 63 familles, ce qui donne entre 100 et 300 personnes, ce à quoi il faut sans doute ajouter quelques familles indigentes non répertoriées ; celle de Cavaillon semble être passée de 10 à 30 familles, soit 40 à 12 personnes environ. La carrière d’Avignon a vu sa population décroître sur deux siècles entre 1550 et 1746, peut-être en raison de la peste de 1721 qui aurait tué au moins 71 personnes. La population est remontée ensuite jusqu’à environ 400 personnes.
| Carpentras | Avignon | L'Isle | Cavaillon |
| 1605 : 73 feux (dénombrement) | 1566 : 102 fam. | 1682 : 28 fam.(fonds Moureau) | 1657 : 12 fam. (taille) |
| 1709 : 605 pers.sur 6854 hab. (dén.) | 1721 : 65 fam., 290 pers. (dén.) | 1703 : 27 fam.(ibid.) | 1703 : 20 fam. (taille) |
| 1742 : 168 fam., 752 pers. (recens. cert. Rabbin) | 1746 : 67 fam., 279 pers. (recens.) | 1747 : 29 fam. (ibid.) | |
| 1769 : 212 maisons, 818 pers. (dén. cert. Baylons) | 1759 : 385 pers.(dén.) | 1774 : 30 noms (supplique) | |
| 1789 : 222 fam., 910 pers. (dén..) | 1789 : 350 pers. | 1789 : 63 fam.(recens. Baylons) | 1796 : 17 foyers, 93 pers. |
| 1808 : 360 pers.(état préfectoral) | 1808 : 130 pers.(Etat préfectoral) | 1808 : 22 pers.(état préfectoral) | 1808 : 49 pers.(état préfectoral) |
Ces juifs qui vivaient essentiellement du commerce des étoffes, du maquignonnage et du prêt d’argent, se sont enrichis durant le XVIIIe siècle et se sentant à l’étroit, bien que ce leur fût interdit, beaucoup ont tenté leur chance en France, notamment à Bordeaux où six d’entre eux obtinrent des lettres patentes en 1759, à Montpellier, Nîmes, Orange, Marseille, Paris. En 1789, les carrières avaient déjà perdu le quart de leur population. Elles devaient ensuite se vider pour les grandes villes françaises, si bien qu’en 1808, il ne restait que 561 personnes dans les communes de Carpentras, Avignon, L’Isle et Cavaillon, plus 70 personnes dans le reste du département du Vaucluse, contre 425 dans le Gard pour l’essentiel à Nîmes et Pont-Saint-Esprit. A la suite de cette dispersion, le problème des lourdes dettes communes de chacune de ces communautés devait « ôter à la plupart des juifs originaires d’Avignon ou du Comtat toute envie d’entretenir ou de ranimer le souvenir de leur appartenance à leur ancienne communauté » (Moulinas).
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