Généalogie comtadine (3)

par Stéphane Lallich

par J.-C. Hérelle-Carcassone

Chercher après la Révolution

Pour des recherches concernant le XIXe siècle, il faut d’abord noter que les communautés des carrières se sont pour l’essentiel dispersées dans les grandes villes de France, notamment Paris, entre 1789 et 1808. Les sources les plus importantes sont l’état civil, disponible aux Archives départementales, ainsi que les archives notariales, les registres d’options de noms de 1808 et le recensement général de la population de 1851 qui indique la religion.
Pour la période 1790-1850, tout particulièrement, l’état civil des Juifs de Nîmes et de Pont Saint-Esprit établi par Lucien Simon joue le même rôle que le registre de Cohen, mais limité aux familles qui sont passées par Nîmes, chose assez courante. On peut aussi se reporter aux sources parisiennes habituelles concernant le XIXe siècle dans la mesure où bon nombre de familles comtadines sont parties pour Paris ainsi les recensements effectués par le Consistoire en 1809 et en 1872, le registre des mariages de A. Lifshitz-Krams, disponibles chez GenAmi, les relevés de cimetières parisiens, les Archives de l’état civil non disparues pendant la Commune ou reconstituées.

Chercher au XVIIIe siècle

Pour le XVIIIe siècle, les principales sources sont les registres imposés par le légat pontifical à partir de 1762, les différents recensements ou dénombrements qui ont été pratiqués et les archives notariales qui comportent les contrats mais aussi des actes mineurs qui peuvent se révéler fort intéressants ainsi les émancipations, les procurations et les inventaires après décès. Le détail des sources disponibles en France pour chaque département, avec le lieu et la référence, se trouve dans le remarquable guide de Gildas Bernard consacré aux familles juives. Les références les plus importantes sont indiquées ici en section 7D.
Les registres des Carrières sont disponibles aux archives communales de chaque carrière (consultables Palais de Justice de Carpentras, Palais des Papes à Avignon, Mairie de l’Isle, Mairie de Cavaillon), un double plus ou moins bien microfilmé étant déposé aux archives départementales du Vaucluse.
Dans le cas de L’Isle, une exploitation méthodique du registre imposé par le légat, des archives notariales de L’Isle et de quelques autres archives a été effectuée par Jacquelinne Ann Khonstamm dans le cadre de sa thèse (1981). En annexe, elle fait figurer des arbres pour les principales familles de L’Isle : Abram, Astruc, Beaucaire, Bédarrides, Carcassonne, Cavaillon, Cohen, Cresque, Delpuget, Digne, Lattès, Millaud.
Plus récemment, les registres imposés par le légat ont été exploités de façon systématique sur l’ensemble des carrières par Jean-Claude Cohen, qui a synthétisé les informations disponibles sous forme de lexique nominatif. Le registre de Cohen, qui remonte parfois jusque vers 1650, constitue un document particulièrement sympathique pour le débutant, source de nombreuses découvertes. En raison de quelques contradictions, erreurs ou omissions, il peut être nécessaire de revenir aux sources originales.
En ce qui concerne les archives notariales, un guide très intéressant a été établi pour le minutier de Carpentras par Dominique Dupon qui recense les actes concernant les juifs. Il apparaît ainsi tant pour le XVIIe que pour le XVIIIe siècle que les affaires des familles juives sont concentrées chez quelques notaires (dont Gildas Bernard donne les noms). Cette logique a été exploitée par Jean-Claude Hérelle-Carcassonne pour le minutier d’Avignon.

Chercher au XVIIe siècle et avant

Il est assez difficile de remonter au-delà de 1650, sauf si l’on se rattache à une famille connue ; on doit alors avoir recours aux archives notariales, par exemple les contrats de mariage, utilisés notamment par Carol Iancu dans sa passionnante étude des néophytes en Provence entre 1469 et 1525 ou les archives de plus bas niveau ainsi que l’a fait avec succès Jean-Claude Hérelle-Carcassonne, en particulier pour les Carcassonne, mettant au point une stratégie très efficace pour repérer les bons cartons d’archives !
Suivant cette stratégie exposée dans le n° 10 de GenAmi, il importe de cibler au préalable les notaires qui traitaient les affaires des juifs. On commence par un arbre généalogique des études notariales, plus particulièrement de celles qui traitaient avec les juifs, parfois exclusivement avec eux ou même avec une seule famille. Par exemple Blanc ne traite que les Cohen de L’Isle. C’est ainsi que Jean-Claude Hérelle-Carcassonne a repéré les 6 notaires par lesquels sont passés les juifs d’Avignon du XVe au XVIIe siècle. Il y a peu d’actes de mariage uniquement en cas de problèmes spécifiques, orphelins, remariages …) mais beaucoup d’actes mineurs. Attention d’ailleurs pour les actes de mariage, la date de l’acte n’est pas nécessairement la date du mariage, elle peut aussi bien la précéder que la suivre de plusieurs années.
Les actes peuvent apparaître sous différentes formes : le brouillon, la grosse, l’insinuation. Le registre des insinuations assure la publicité des actes civils notamment des donations (publicité maintenant réalisée par le dépôt à la Conservation des Hypothèques). Les actes judiciaires sont au nom de l’avoué et non pas à celui des clients. Il y a aussi les actes publics, notamment les actes fiscaux, la taille. Pour différencier les individus, une bonne idée consiste à étudier les signatures. C’est ainsi que Jean-Claude Hérelle-Carcassonne est remonté jusqu’en 1503 à Jacques de Carcassonne, père de Mordechai et de Salomon, et qu’il espère arriver jusqu’en 1250. Avant 1560, il n’y a que des prénoms. Avant 1250, il n’y a rien.


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