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Généalogie juive en France

Pourquoi une généalogie juive ?

Par Micheline Gutmann

I - Les mouvements

Les déplacements constants du peuple juif au cours du temps par suite des persécutions et des expulsions, transforment parfois la recherche de ses ancêtres en un parcours du combattant.

La diversité des pays d'origine nécessite, pour chacun d'eux, à chaque époque, de connaître l'histoire et les lois et leurs répercussions sur leurs habitants juifs.

Certains d'entre nous avons des ancêtres dans un grand nombre de régions ou de pays différents.

Nous conseillons un livre très bien réalisé concernant ces mouvements: Histoire Universelle des Juifs de l'origine à la fin du 20ème siècle, collectif sous la direction d'Elie Barnavi. Atlas, Hachette, 1992.

II - Les documents

Les documents qui vont aider à retrouver nos ancêtres peuvent être classer en deux grandes catégories, ceux qui sont communs à toutes les religions, et ceux qui sont spécifiques aux Juifs.

En France et dans beaucoup de pays d'Europe, avant l'établissement de l'état civil nous n'avions que des documents du second type. La tenue de registres n'était pas toujours obligatoire. Il n'y avait aucune loi pour les Juifs ressemblant par exemple à l'Ordonnance de Villers-Cotterets en France. Le contrat de mariage religieux ou Ketouba, appartient à l'épouse, en général aucun dépôt officiel n'était obligatoire (sauf en Alsace à partir du début du 18e siècle).

III - L'attribution des noms

Pendant longtemps, dans la plupart des lieux où vivaient les Juifs, les noms propres n'ont pas existé. Certaines familles semblaient en avoir un, qui était en fait un surnom, par exemple leur lieu d'origine : un Wormser en Alsace avait probablement un ancêtre venu de Worms en Allemagne.

Le prénom du père était alors accolé à celui de l'enfant : Abraham Moïse se prénommait Abraham et était fils de Moïse. A la génération suivante, le petit-fils aîné avait le prénom du grand-père (s'il était décédé) et devenait Moïse Abraham. Ailleurs on utilisait le "ben" ou en Italie le "a".

Il y avait pour chaque prénom un nom hébreu et l'équivalent dans la langue du pays habité. Ainsi on doit savoir que Juda = Jehuda = Lion, symbole de la tribu de Juda. Mais aussi Löw, Loeb, Loewe (lion en allemand) Leib, Leibel, qui pourront devenir plus tard Léo, Léon, Léopold, Lehmann….

Généalogie juive en France

Un peu d'histoire

Il reste des traces de peuplement juif depuis l'époque romaine. Du temps de Caracalla, les Juifs étaient des citoyens romains comme les autres habitants. Rapidement leur réussite commerciale et leurs particularités notamment sur le plan religieux, ont amené une certaine forme d'antisémitisme.

Les Juifs ont d'abord installé des comptoirs puis, bien plus tardivement ont fondé des communautés ; chassés de Palestine par les Romains, fuyant probablement pour garder leur indépendance, ils s'installèrent un peu partout en Gaule, probablement accompagnés de Romains convertis. L'apparition du Christianisme aggrave leur état. L'Eglise interdit à ses fidèles tout contact avec les Juifs. L'arrivée des peuples dit "barbares" qui se convertissent au christianisme renforce les mesures anti-juives. Déjà en 633, ils sont chassés provisoirement par le roi Dagobert. Leur situation s'améliore sous les rois carolingiens. Les Rhadanites sont des grands voyageurs qui apportent des produits de luxe et des informations de tous les coins d'Europe civilisée ou d'Asie. La situation se dégrada sous les capétiens à la suite du morcellement de l'Empire en territoires où chaque seigneur faisait ses lois. Ce fut bien pire avec les croisades où les Juifs furent avec les Albigeois les premières victimes de ces entreprises meurtrières.

N'oublions cependant pas de mentionner, aux alentours de 1100, la grande figure de Rashi, le rabbin savant de Troyes, qui fit l'exégèse de la Bible et du Talmud.

C'est sous Louis IX ou St Louis que débuta l'obligation du port de la rouelle et poussa fortement vers les conversions.

Les Juifs furent chassés maintes fois et leurs biens furent alors confisqués ; rappelés, ils devaient payer de nombreuses taxes. Philippe Auguste inaugura la méthode que Philippe le Bel utilisa en 1306, Philippe V en 1321 ; Jean le Bon, qui avait besoin d'argent les fait revenir en 1361. Ils sont définitivement expulsés en 1394.

Ils cherchent refuge aux frontières du royaume : Etats du Pape, Provence, Savoie, Bordeaux, Alsace, Allemagne.

Jusqu'à leur émancipation, en 1791, les Juifs sont tolérés dans quelques régions mais restent des parias. Peu de moyens d'existence, entassés dans des logements et des quartiers exigus.

Les principales zones de peuplement juif avant la Révolution étaient au nombre de quatre : Alsace, Lorraine, Comtat Venaissin (les 4 carrières), le Sud-Ouest avec Bayonne et Bordeaux.

Les archives

L'Etat Civil

Nous commençons par notre époque puisque nous devrons remonter le temps. La date du 1er janvier 1793 marque le début de l'état civil. Les sources ne sont pas les mêmes avant et après cette date.

Les sources de l'état civil sont évidemment communes à toutes les religions, elles sont nombreuses et variées et nous devons absolument les connaître :

  • les archives communales
  • les archives départementales
  • les archives nationales, les archives militaires, …etc.

Les actes d'état civil ont été rédigés sur des registres réalisés en double exemplaire dont l'un se trouve encore en général dans les mairies, l'autre est destiné aux archives départementales.

Les actes de plus de 100 ans se trouvent aux archives départementales. A PARIS, 18 Bd Sérurier, Paris 19ème. La plupart du temps, aucune réponse ne peut être donnée par correspondance, on doit se déplacer. Les actes ont été microfilmés par les Mormons jusqu'en 1892 et peuvent aussi être consultés et photocopiés dans toutes les bibliothèques des Mormons.
Les actes de moins de 100 ans se trouvent dans les mairies.
Pour Paris on doit connaître l'arrondissement. Au cas où l'on ne connaît pas l'arrondissement, une recherche préalable peut être effectuée, soit à la mairie du 1er arrondissement, soit au Tribunal de Grande Instance de Paris.
Seuls les descendants peuvent y avoir accès. Cependant tout le monde peut avoir un extrait de ces actes qui, en général, ne contiennent pas la filiation.

Les dossiers de naturalisations contiennent des informations d'importance variable mais en général ils sont indispensables pour les familles venant de l'étranger depuis le 19ème siècle. On peut souvent y lire les noms et prénoms des parents et leur résidence et parfois ceux des frères et sœurs. La recherche, en deux fois au moins.

Il faut d'abord obtenir la date et le numéro du décret et ensuite demander la sortie du dossier; la consultation ne peut avoir lieu que sur place au CARAN (Centre de Recherche et d'Accueil des Archives Nationales) et se fait environ 2 semaines après la demande du dossier. Pour la consultation des dossiers de naturalisation de moins de 60 ans, il faut demander une dérogation.

Les archives de l'Enregistrement conservent les dates de décès et sont accessibles à tous s'ils ont plus de cent ans, sinon aux descendants uniquement. On peut ensuite rechercher des éventuels actes notariés.
Les recensements à partir de 1831 pour la France, de 1926 à Paris.
Les listes électorales pour les Français, utiles si on connaît au moins le quartier.
Les archives militaires à Vincennes pour les Français uniquement. Mais aussi les dossiers aux archives de Paris depuis 1868 donnent des informations précieuses.
Des annuaires ou almanachs, surtout pour les professions (Didot-Bottin).

Les documents antérieurs à l'état civil sont très variés suivant les régions.

Parmi les plus anciens ceux du Comtat Venaissin. Des registres remontent à 1738 (Carpentras), l'inquisition a obligé la tenue de registres dans les quatre "carrières" du Comtat Venaissin à partir de 1750 (Carpentras, Cavaillon, L'Isle-sur-la-Sorgue, Avignon.)

Les Juifs chassés d'Espagne et de Portugal, pourchassés par l'inquisition, apparemment convertis en "Nouveaux Chrétiens" s'installent à Bayonne où ils créent l'industrie du chocolat et à Bordeaux. Très bien considérés par les autorités, ils s'opposent à l'arrivée des Avignonnais puis des Ashkénases qui leur font concurrence. Des registres existent, de même que des baptêmes et des mariages catholiques.

A Metz, les Juifs sont autorisés à séjourner depuis 1595. Des registres de naissances, mariages et décès ont été tenus dans certaines endroits, en particulier à Metz à partir de 1717, par les responsables de la communauté. Mais les chefs de famille apparaissent sur de nombreuses listes de taxes comme la taxe Brancas antérieurement à cette date.

A Paris, depuis Louis XIV, ils sont tolérés, il existe quelques listes; ils sont souvent arrêtés parce qu'ils viennent pour leurs affaires sans passeport. Les archives de la Bastille contiennent des documents intéressants avant la Révolution.

C'est en Alsace que la situation des Juifs était la plus défavorable. Aucun métier ne leur était accessible sauf la revente des produits usagers et parfois l’élevage des bestiaux. Le prêt était autorisé mais les Juifs n'avaient comme clients que ceux à qui les autres ne voulaient pas prêter.
Les principaux documents accessibles sont les contrats de mariage depuis le début du 18e siècle (rares au début), le dénombrement des Juifs d'Alsace en 1784. Quelques rares livres de circoncision permettent de donner de précieuses informations. Quant aux cimetières, rares sont ceux qui ont été suffisamment préservés. Les inscriptions écrites en hébreu doivent être déchiffrées.
Des déclarations de l'an VII (1799), mariages, naissances, décès, ont été enregistrées dans quelques communes.

Registres de l'Edit de Tolérance : en 1787, Louis XVI mit fin à la clandestinité des Protestants et plus généralement des non-catholiques. En fait, assez peu concernent les Juifs, on en retrouve cependant quelques-uns.

Les actes notariés, en particulier les mariages.

En Alsace, ils devaient être déposés chez un notaire royal depuis 1701 jusqu'à la révolution, mais la pratique s'établit progressivement. Des traductions ont été réalisées par Salomon Picard (pour le Haut-Rhin) et par Aron Fraenckel qui ont résumé ces actes afin de les mettre à la disposition des généalogistes.
Jean Fleury a réalisé un recueil Moselle des contrats notariés retrouvés pour la Moselle. (Ces travaux et bien d'autres se trouvent à la bibliothèque de GenAmi).
Pour le Comtat Venaissin, il en existe de très nombreux dont la recherche peut être ardue avant 1700. Voir bulletin de GenAmi n° 10, novembre 1999.

De nombreux recensements ont eu lieu, la plupart concernant les chefs de famille. Ces recensements étaient nécessaires toujours pour taxer les Juifs, pour contrôler et limiter leur présence sur les différents territoires où ils devaient acheter le droit de vivre et de travailler dans les rares professions qu'ils étaient autorisés à pratiquer : en Alsace le commerce d'objets usagés, le prêt d'argent (à ceux qui avaient le plus de risque de ne pas pouvoir rembourser), et celui des chevaux et bestiaux.
Nous conseillons aux lecteurs de se reporter au guide de recherches sur les familles juives en France, par Gildas Bernard, publié aux Archives Nationales.

Après la Révolution

En 1808, par le décret de Bayonne, Napoléon ordonne que tous les Juifs de l'Empire fixent définitivement leurs noms. Partout, des registres ont été remplis. Tous n'ont pas été retrouvés. Certains ont été détruits par des incendies ou par les bombardements de 1944, comme à Metz. Les déclarations contiennent les anciens noms et prénoms et les nouveaux, parfois une profession, un âge ou une date de naissance rarement précise. (Voir exemple de déclaration).

Les Consistoires

Depuis Napoléon, l'autorité religieuse est confiée aux Consistoires : un Consistoire Central et des Consistoires régionaux. Ceux-ci possèdent des registres plus ou moins accessibles, tenus de façon irrégulière. De plus, tout le monde ne s'adresse pas aux instances officielles. Il suffit de la présence de dix hommes pour réaliser un mariage religieux. Les circoncisions étaient parfois enregistrées par un rabbin qui ne tenait pas à vrai dire de registre officiel.

A Paris, par exemple, les enregistrements du Consistoire concernent des mariages depuis 1822, mais pas tous, beaucoup s'en faut. Les décès ont été enregistrés depuis 1882. Aucun registre de naissance ou de circoncision.

Un petit avantage pour nous à Paris, où tout l'état civil a été détruit et où il n'y a pas eu de recensement avant 1926 : nous bénéficions de recensements exécutés par le Consistoire en 1809 (complet), 1852 (les chefs de famille), 1872 (chefs de famille, prénom de l'épouse, nombre d'enfants f. et g.). Des registres de mariages religieux à partir de 1823, et des inhumations faites par des rabbins du Consistoire à partir de 1883.

Les Cimetières

Quand ils existent et quand les inscriptions sont encore visibles, ils donnent des indications précieuses. Malheureusement, dans tous les villages habités autrefois, il ne reste plus de communautés susceptibles de les entretenir, d'où leur très mauvais état. Certains registres ont été tenus et retrouvés. Souvent écrits en hébreu, il est nécessaire de les traduire avant de les utiliser.

Les travaux des généalogistes

Beaucoup de généalogistes, en particulier dans notre association GenAmi, font d'importants travaux d'intérêt général : listes de noms, relevés de cimetières, relevés d’état civil… et les mettent à la disposition des adhérents. Des histoires familiales d'un grand intérêt ont également été réalisées.

Recherches spécifiques au 20e siècle

Nous sommes très souvent consultés de l'étranger dans un autre domaine : celui de la recherche de parents disparus au cours de la guerre et la recherche de cousins qui pourraient encore exister. Ceci est alors un travail extrêmement difficile, souvent un travail d e détective plus que de généalogiste. Il faut essayer de détecter tous les moyens possibles en restant dans la légalité. Lié à ces problèmes, ceux de la spoliation des biens juifs.