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L'association de la généalogie juive 
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Et les enfants, y pense-t-on ?

Par Micheline Gutmann

Article paru dans GenAmi 46 de décembre 2008,
traitant principalement du droit à la connaissance de ses origines


 droit à la connaissance de ses origines

   Illustration Caroline Guillot


Nos adhérents savent que je les reçois volontiers afin de les aider, sans être avare de mon temps, le plus souvent pour les aiguiller vers des sources généalogiques en France ou à l’étranger.

Dans certains cas, le problème n’est pas uniquement celui d’une recherche parfois difficile techniquement, mais une quête identitaire. Cette question englobe tous les cas de ceux ou celles à qui l’on a caché au moins une partie de leur origine, sinon la totalité, pour des raisons variées. Nous allons examiner différents cas.

La question de la religion

Il arrive que dans une famille juive, l’on ait caché une branche chrétienne ou une conversion. Alors on fait parfois semblant de ne pas s’intéresser à ces branches.
Mais le plus souvent, les mariages mixtes ont entraîné l’abandon du judaïsme. Quand la vérité n’est pas cachée, l’enfant se trouve hériter de plusieurs cultures. Certains assument apparemment parfaitement la situation en renonçant à toutes les religions ou en les acceptant toutes, très fiers d’être « œcuméniques ». D’autres ont adopté la nouvelle religion mais ne rejettent pas les ancêtres juifs. Nous les retrouvons les uns et les autres avec une grande ouverture d’esprit et dans des associations laïques ou judéo-chrétiennes.

Parfois, l’on a caché aux enfants la branche juive. Certains découvrent à l’âge adulte, et souvent au moment de leur retraite, qu’ils ont eu des grands-parents déportés ! La douleur est alors grande, les regrets intenses. Il y a des pleurs, des explosions de rage contre ceux qui ont caché la vérité, et un désir de retrouver les racines juives.

Nous sommes quelques fois consultés afin de trouver une ascendance suffisante pour prouver qu’on est juif suivant les exigences rabbiniques, c'est-à-dire par l’ascendance maternelle, souvent à l’occasion d’un projet de mariage. Leur apporter notre aide est parfaitement dans nos cordes. Ces personnes oublient cependant qu’en absence de culture juive et ayant vécu dans un milieu non juif, on leur demandera quand même une formation semblable à celle d’une conversion au judaïsme.

Evidemment, nous ne voyons pas ceux qui, au contraire, continuent de renier leur ascendance juive. Ils ne réalisent pas qu’un jour ou l’autre, un membre d’une génération descendante apprendra la vérité qu’ils ne veulent pas assumer.

Des exemples tragiques

Lors de la guerre de 1939-1945, des parents se sont séparés de leurs enfants dans l’espoir de les sauver en les cachant soit dans des orphelinats catholiques, soit dans des familles non juives dont certaines ont été admirables. Mais il y eut des dérives. L’une d’entre elles étant la conversion autoritaire des enfants qui leur étaient confiés, ceci afin de « sauver des âmes » ; ce fut le cas bien connu des enfants Finaly. Mais d’autres situations assez terrifiantes ont été mises à jour.

L’une de nos adhérentes a désiré retrouver l’identité de sa mère qui a été adoptée en 1942. Elle a effectué des recherches considérables et pense avoir découvert un réseau de personnes qui faisaient disparaître les vraies identités d’enfants juifs. La page du registre des naissances où sa mère se trouvait probablement enregistrée, a été arrachée. Le but était de les faire adopter par des personnes qui ne pouvaient avoir d’enfants. Il est possible, suivant ses dires, qu’il y ait eu un vrai commerce. Dans un arrondissement de Paris le nombre de décès d’enfants a été considérable et inexpliqué. Une partie au moins de ces enfants a probablement reparu ailleurs sous un autre nom et parmi eux, certains ne le sauront jamais. La plupart étaient issus de familles aisées qui leur ont laissé de l’argent et en les adoptant, on recueillait aussi cet argent. Il y avait bien sûr au passage une commission pour l’organisatrice de ce commerce. L’ampleur du trafic mis à jour par notre ancienne adhérente et qui touche des gens semble-t-il fort connus, est telle qu’on lui a demandé plusieurs fois de se taire. Je ne sais où en est cette affaire.

Il possède un site Internet où il raconte son histoire, mais je ne donnerai pas le nom de cet homme qui m’a téléphoné un jour, comme à d’autres personnes liées à l’histoire des Juifs, en particulier de la Shoah. En 1940, sa mère polonaise a essayé de rejoindre son frère aux U.S.A. Arrêtée par la police française, d’abord sauvée par la Croix-Rouge suisse, internée dans plusieurs camps, dont Rivesaltes, elle est arrêté avec d’autres, par ordre de Touvier, dans la synagogue de Lyon Elle fut déportée à Auschwitz par le convoi 77. En 1940, elle avait donné naissance à un enfant qui a été lui-même interné à Rivesaltes puis confié en 1946, par une œuvre juive bien connue, à une famille de cultivateurs qui le déclara mort au lieu de l’envoyer à son oncle qui le réclamait. Ce fait a été caché à l’intéressé et il ne le découvre qu’en 1999. Trop tard ! Son oncle était décédé. Journaliste, il a constitué un solide dossier où il expose son histoire déchirante avec une rage indicible.

Lors de la guerre de 1939-1945, des parents se sont séparés de leurs enfants dans l’espoir de les sauver en les cachant soit dans des orphelinats catholiques, soit dans des familles non juives dont certaines ont été admirables. Mais il y eut des dérives. L’une d’entre elles étant la conversion autoritaire des enfants qui leur étaient confiés, ceci afin de « sauver des âmes » ; ce fut le cas bien connu des enfants Finaly. Mais d’autres situations assez terrifiantes ont été mises à jour.

L’une de nos adhérentes a désiré retrouver l’identité de sa mère qui a été adoptée en 1942. Elle a effectué des recherches considérables et pense avoir découvert un réseau de personnes qui faisaient disparaître les vraies identités d’enfants juifs. La page du registre des naissances où sa mère se trouvait probablement enregistrée, a été arrachée. Le but était de les faire adopter par des personnes qui ne pouvaient avoir d’enfants. Il est possible, suivant ses dires, qu’il y ait eu un vrai commerce. Dans un arrondissement de Paris le nombre de décès d’enfants a été considérable et inexpliqué. Une partie au moins de ces enfants a probablement reparu ailleurs sous un autre nom et parmi eux, certains ne le sauront jamais. La plupart étaient issus de familles aisées qui leur ont laissé de l’argent et en les adoptant, on recueillait aussi cet argent. Il y avait bien sûr au passage une commission pour l’organisatrice de ce commerce. L’ampleur du trafic mis à jour par notre ancienne adhérente et qui touche des gens semble-t-il fort connus, est telle qu’on lui a demandé plusieurs fois de se taire. Je ne sais où en est cette affaire.

Il possède un site Internet où il raconte son histoire, mais je ne donnerai pas le nom de cet homme qui m’a téléphoné un jour, comme à d’autres personnes liées à l’histoire des Juifs, en particulier de la Shoah. En 1940, sa mère polonaise a essayé de rejoindre son frère aux U.S.A. Arrêtée par la police française, d’abord sauvée par la Croix-Rouge suisse, internée dans plusieurs camps, dont Rivesaltes, elle est arrêté avec d’autres, par ordre de Touvier, dans la synagogue de Lyon Elle fut déportée à Auschwitz par le convoi 77. En 1940, elle avait donné naissance à un enfant qui a été lui-même interné à Rivesaltes puis confié en 1946, par une œuvre juive bien connue, à une famille de cultivateurs qui le déclara mort au lieu de l’envoyer à son oncle qui le réclamait. Ce fait a été caché à l’intéressé et il ne le découvre qu’en 1999. Trop tard ! Son oncle était décédé. Journaliste, il a constitué un solide dossier où il expose son histoire déchirante avec une rage indicible.

Les abandons d’enfants

Bien qu’ils soient devenus rares en France, les abandons d’enfants n’ont pas disparu. L’absence de contraception, la misère des mères et plus rarement des couples, incapables de nourrir leur enfant, ont conduit à l’abandon à l’Assistance publique, ancêtre de la DASS. A ces difficultés matérielles s’ajoutait la morale de l’époque qui rejetait les filles mères. Cela a sûrement été un déchirement pour ces femmes : certaines ont promis de revenir chercher leur enfant mais ont définitivement disparu.

Afin d’éviter les abandons dans la rue, on a institué la possibilité de l’accouchement sous X qui préserve l’identité de la mère. Les enfants sont alors adoptables. La mère est invitée à laisser son identité dans une enveloppe à ouvrir ultérieurement.

Les descendants pensent : ne vaudrait-il pas mieux aider les mères moralement et financièrement à assumer leur rôle ?

Sous la pression des enfants nés dans ces circonstances, des décisions diverses ont été prises. Elles tiennent compte davantage d’opinions politiques que de l’intérêt des enfants. Les discussions sur ce sujet sont interminables.

Le désir d’un enfant ? Oui, mais pas au détriment de leurs droits

Le nombre d’enfants adoptables en France est inférieur au nombre d’enfants souhaités par les couples qui ont des difficultés pour en concevoir. On parle du droit d’être parent, que ce soit des couples classiquement hétérosexuels ou même maintenant homosexuels. D’où le recours à toutes sortes de procédés.

  • Enfants achetés en Pologne à des pauvres gens, appréciés parce qu’ils sont blonds et considérés comme aryens ; enfants « adoptés » d’Amérique du sud, dans ces pays où les enfants abandonnés à eux-mêmes connaissent la faim, la misère, la prostitution, les trafics de drogue et courent les rues des favelas. Des organisations contrôlent ces dernières adoptions en obligeant de garder un lien avec les familles d’origine, mais sans aucun doute, il s’agit toujours d’un achat déguisé. C’est la même chose en Asie.
    On a vu des reportages dans lesquels les enfants reprochent aux parents adoptifs de les avoir retirés de leur milieu naturel, la plupart désirent renouer ou garder des liens. On a constaté aussi les dérives possibles d’un tel système au Tchad.

  • Les enfants nés par insémination artificielle contestent actuellement vivement l’anonymat des donneurs de sperme. Ils disent qu’on leur a volé la moitié de leur identité et qu’ils ont le droit de connaître leur hérédité.

  • Les mères porteuses : étant donné la nouveauté du procédé, on ne sait pas encore ce que diront les enfants issus de telles naissances, mais il est facile de deviner la difficulté pour eux d’accepter cette situation.

  • Maintenant voici que naissent les revendications des homosexuels à être parents. Ils cherchent à convaincre que ce serait normal de louer un ventre ; on est ramené au problème précédent auquel s’ajoute l’absence d’un couple parental traditionnel.
    Ces personnes citent des cas où les enfants paraissent heureux ou bien ont été heureux, mais sans citer d’étude générale, qui n’a probablement jamais été effectuée pour la bonne raison que l’avis des enfants ne comptait pas jusqu’à présent.

Je ne me place aucunement sur le plan moral ou religieux, ni sur le plan du traitement médical de la stérilité et des moyens d’y remédier. Ayant très souvent constaté la souffrance engendrée par toutes les situations liées à l’ignorance de son hérédité, je suis pour le droit à la connaissance de ses origines.

Ce que peuvent faire les généalogistes et GenAmi en particulier

Les problèmes soulevés dans le chapitre précédent ne sont pas spécifiquement juifs, mais ils nous concernent, comme beaucoup d’autres problèmes pour lesquels nous sommes consultés, par exemple le fonctionnement de l’état civil, l’option de nationalité de 1872, les recensements, les actes notariés,…etc.

On peut trouver sur notre site Internet une explication de ce qu’est la « psychogénéalogie » et comment cette branche peut être utilisée par des psychologues. Cela démontre la nécessité de bien connaître sa famille et ses racines en particulier. La profession de « psychogénéalogiste » n’existe pas légalement car la branche n’occupe qu’une petite place dans la panoplie des « psy » diplômés.

De nombreuses personnes, parmi celles qui consultent psychiatres, analystes ou psychologues, se trouvent dans l’une des situations décrites dans les chapitres ci-dessus. Evidemment, ce n’est pas une prise de médicaments ni même un traitement psychologique qui résout leur problème. Un « psy » honnête et compétent les pousse à faire des recherches généalogiques sérieuses et certains les orientent vers nous. Lorsque la situation est éclaircie, la « guérison » est immédiate. L’une de ces personnes, après notre examen minutieux de son dossier est repartie en disant : « Je revis ! »

Tous les cas sont différents et nécessitent d’être examinés à la loupe. Nous avons à notre disposition toute une batterie de possibilités d’exploration de documents. On commence par les moyens classiques, état civil, naturalisations, Yad Vashem,…etc. On peut être parfois retardé ou même stoppé par la rigidité des administrations. Il faut déployer beaucoup d’énergie, de persévérance et utiliser les compétences. Rares sont les cas où l’on n’arrive à rien.