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Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (1806)
« Tandis que la nouvelle Jérusalem sort ainsi du désert,
brillante de clarté, jetez les yeux entre la montagne de Sion et
le Temple ; voyez cet autre petit peuple qui vit séparé du
reste des habitants de la cité. Objet particulier de tous les mépris,
il baisse la tête sans se plaindre; il souffre toutes les avanies
sans demander justice ; il se laisse accabler de coups sans soupirer; on
lui demande sa tête: il la présente au cimeterre. Si quelque
membre de cette société proscrite vient à mourir, son
compagnon ira, pendant la nuit, l'enterrer furtivement dans la vallée
de Josaphat, à l'ombre du temple de Salomon. Pénétrez
dans la demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère,
faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui, à
leur tour, le feront lire à leurs enfants. Ce qu'il faisait il y
a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté dix-sept
fois à la ruine de Jérusalem, et rien ne peut le décourager
; rien ne peut l'empêcher de tourner ses regards vers Sion. Quand
on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon la parole de Dieu,
on est surpris sans doute mais pour être frappé d'un étonnement
surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir
ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers
dans leur propre pays; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions,
un roi qui doit les délivrer. Ecrasés par la Croix qui les
condamne, et qui est plantée sur leurs têtes, cachés
près du Temple dont il ne reste pas pierre sur pierre, ils demeurent
dans leur déplorable aveuglement. Les Perses, les Grecs, les Romains
ont disparu de la terre ; et un petit peuple, dont l'origine précéda
celle de ces grands peuples, existe encore sans mélange dans les
décombres de sa patrie. Si quelque chose, parmi les nations, porte
le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est
ici. Et qu'y a-t-il de plus merveilleux, même aux yeux du philosophe,
que cette rencontre de l'antique et de la nouvelle Jérusalem au pied
du Calvaire : la première s'affligeant à l'aspect du sépulcre
de Jésus-Christ ressuscité; la seconde se consolant auprès
du seul tombeau qui n'aura rien à rendre à la fin des siècles
! »